Abdellah Tabarak : de Tora Bora à Guantanamo

Abdellah Tabarak intéresse les médias internationaux et nationaux en cette fin d’année 2001. Les dizaines de milliers de tonnes de bombes larguées par l’armée américaine sur les régions montagneuses de Tora Bora en Afghanistan et les supputations sur la mort de Ben Laden et ses proches compagnons, n’ont pas eu beaucoup d’effets sur lui.
Ce Marocain est réputé pour avoir sauvé la vie au chef d’Al Qaïda. Cette rumeur a pris beaucoup de consistance quand il est arrêté au Pakistan ; pays dont les autorités ont décidé de le livrer aux forces américaines. L’exploit d’Abdellah Tabarak se résume en quelques phrases : voyant que l’étau se resserrait sur l’émir de tous les fous de Dieu, il se propose de faire diversion grâce au téléphone portable de Ben Laden, un «Thuraya», qu’il emportera avec lui tout en passant des appels au moment où son patron et ses compagnons prenaient la direction inverse. C’est que, affirment les médias à l’époque, le téléphone de Ben Laden avait été localisé et les Américains voulaient en profiter pour mettre la main sur leur ennemi public numéro 1. Faute de Ben Laden, ils se retrouveront face à un homme à la barbe inégalement taillée, de petite taille et dont la science est loin d’être celle des membres formant les premiers cercles autour de Ben Laden.
Toutefois, ils présentèrent Abdellah Tabarak comme étant l’un des gardes du corps du chef d’Al Qaïda. Une grosse prise qui méritait le luxe d’une cellule isolée sur la base de Guantanamo. Les délégations du Comité international de la Croix-Rouge avaient, après de rudes initiatives, réussi à inspecter la base cubaine et à rencontrer un grand nombre des centaines de détenus parmi les «combattants ennemis», mais elles n’ont jamais été autorisées à rencontrer Tabarak.
Pourtant, ce dernier a pu être interrogé à deux reprises par les enquêteurs marocains dépêchés à Guantanamo dans le cadre de la coopération maroco-américaine en matière de lutte contre le terrorisme.
Dans cette base, il aurait même fait la pluie et le beau temps. Qualifié d’«émir» par les autres détenus, il aurait été parmi les principaux instigateurs des grèves de la faim organisées dans la vaste prison du no man’s land cubain.
En août 2004, il fait partie de cinq Marocains transférés au Maroc. A leur arrivée, les «cinq de Guantanamo» suscitent l’intérêt des médias, vite obligés de déchanter suite à l’ouverture de leur procès devant la Cour d’appel de Rabat. Le 20 décembre 2004, dès le début de ce procès pour «appartenance à une bande criminelle en relation avec une entreprise terroriste visant à attenter à la sûreté de l’Etat», le présumé garde du corps de Ben Laden est remis en liberté provisoire. Stupéfaction générale dans le tribunal de la capitale qui a connu, ce jour-là, le renforcement d’un dispositif sécuritaire déjà plus que tatillon. Lors de la deuxième séance du procès, c’était au tour de Mohamed Ouzzar et Rédouane Chekkouri de quitter également la prison civile de Salé pour être jugés en liberté provisoire. La même mesure bénéficiera, par la suite, à Brahim Benchekroun et Mohamed Mazouz.
Les Américains se sont-ils trompés en livrant Abdellah Tabarak au Maroc après l’avoir «cuisiné» pendant trois ans, sans résultats probants ?
Lors de toutes les phases de son procès, Tabarak, a nié toute relation personnelle avec Ben Laden, mais affirmé avoir travaillé pour ce dernier. L’ex-receveur de la RATC (Régie autonome du transport en commun à Casablanca) est parti en Afghanistan en 1989 pour rejoindre les rangs des «moujahidine» qui luttaient contre la présence des troupes de l’ex-URSS. Il avait d’abord transité par l’Arabie Saoudite et le Pakistan. Après un entraînement militaire dans deux camps situés près de Khost, il rejoint le front, mais son rôle se limite par la suite à faciliter le transit des «moujahidine» du Pakistan vers l’Afghanistan. Il avoue que, par la suite, il a eu à travailler dans une ferme soudanaise appartenant aux Ben Laden. Abdellah Tabarak, 52 ans, est père de huit enfants dont une fille mariée à l’une des figures de proue d’Al Qaïda, Abou Faraj Allibi arêté en mai 2005 par les Américains.
Toute la famille de Tabarak est restée en Afghanistan, cette « terre d’Islam » qui l’a toujours fasciné. En attendant la fin de son procès et de sa série de reports, il crèche dans la maison de ses parents à Sbata, quartier casablancais où il passe, désormais, presque inaperçu.

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