Abdelwahab Rabiï, le boucher de Meknès

En 2002, un jeune militaire s’était emparé de sept fusils-mitrailleurs Kalachnikovs en plus de quatorze chargeurs dans la caserne de Guercif. La région est mise sens dessous-dessus après la découverte de la disparition de ces armes et munitions et des barrages de la Gendarmerie royale sont dressés sur les routes menant vers le reste des villes du Maroc. En vain. Quelques heures plus tard, le « butin » est retrouvé dans le domicile de Youssef Aâmani, 22 ans à l’époque des faits et qui s’apprêtait à les remettre à un dénommé Abdelwahab Rabiï. Ce dernier, simple tailleur traditionnel à Meknès, suscitait très peu d’intérêt. Personnage sans grande culture, religieuse entre autres, écumait le quartier populaire « Oujeh Aârouss» où il s’était autoproclamé prédicateur. Abdelwahab Rabiï, on le découvrira par la suite, avait sa «propre» vision de l’Islam puisque étant de la même trempe et du même acabit d’assassins comme Mohcine Bouarfa et Taoufik Hanouichi à qui il était d’ailleurs lié. Par les « liens du sang »…
Abdelwahab Rabiï, selon les aveux du jeune soldat en rupture de ban avec son institution et la société, devait garder les armes pendant un moment avant de les acheminer vers Casablanca. Tout pouvait s’arrêter là, mais Abdelwahab Rabiï ne donnera plus de trace de vie et quittera la capitale ismaïlienne pour de bon.
Après le 16 mai 2003, et des investigations qui allaient montrer que le vol des armes et les attentats de Casablanca constituaient une entreprise terroriste indissociable, les enquêteurs se lancent de nouveau sur la piste de Abdelwahab Rabiï. Surtout que, à Meknès et dans les environs, les crimes se multiplient contre les agents et auxiliaires d’autorités. Lakhlifi, un pauvre jeune moqaddem, est assassiné en plein jour dans un café situé dans une zone périphérique de Meknès. Deux jours auparavant, il avait collaboré à l’arrestation d’un dangereux terroriste qui allait être identifié comme l’un des assassins affiliées à la troupe de Bouarfa et Hanouichi. Quelques jours plus tard, c’est un fonctionnaire de la DAG (Direction des affaires générales) qui est laissé presque pour mort, en cet été 2003, à Agourraï, petite localité entre Meknès et El Hajeb. C’est l’incident qui mettra la puce aux oreilles des enquêteurs et autres services de sécurité aux aguets.
L’assaut est donné contre la maison, louée pour la circonstance, Abdelwahab Rabiï, sa famille et sa garde rapprochée. Après une farouche confrontation entre les terroristes et les services de sécurité, le « boucher de Meknès » se rend finalement. Blessé par balles à la jambe, il n’a pu continuer à brandir son sabre à la face de ses matinaux assaillants.
Aux enquêteurs, il fera la relation de ses multiples crimes et comment, accompagné de membres de sa bande, il avait fait régner la terreur dans la périphérie de Meknès qu’il aimait sillonner la nuit en quête de « débauchés » à châtier, à dépouiller surtout.
Entre deux gémissements (il ne pouvait se déplacer sans l’aide de plusieurs policiers), il relatait surtout l’assassinat d’un jeune fonctionnaire de la justice que le hasard a mis sur sa route et sur celle de Ahmed Slimani, son odieux complice. Le jeune homme a eu la malchance de rencontrer ses deux futurs assassins dans l’autocar qui emmenait les trois à Nador. Le jeune fonctionnaire de la justice, pour sa première affectation, n’en revenait pas de pouvoir finalement compter sur lui-même et aider une famille nombreuse. Ses deux compagnons, barbes et habits ne pouvant trahir les pires desseins qu’ils préparaient, fuyaient la police et allaient se terrer du côté de Nador après une série de forfaits.
Arrivé à Nador, le jeune fonctionnaire de la justice se voit proposer de passer la nuit en compagnie de Rabiï et Slimani au lieu de se casser la tête pour trouver une chambre d’hôtel. L’invitation est acceptée.
Preuve de la conception que se faisaient Rabiï et Slimani de l’Islam, les trois hommes accomplissent la dernière prière de la journée. Les deux barbus augmentent le son d’une radiocassette pour couvrir les cris de leur victime qu’ils égorgent quelques minutes après la prière avec, comme fond sonore, des chants religieux… Le cadavre du jeune homme est découpé en plusieurs parties, dissimulées dans des sacs en plastique que Ahmed Slimani « écoulait » dans la périphérie de la ville.
Rabiï et Slimani, tard dans la nuit du 25 septembre 2003, sont condamnés à la peine capitale par la Cour d’appel de Rabat. Les cadavres de leurs victimes les hanteraient-ils en attendant une exécution peu probable ? Peu probable comme on en a eu l’expérience avec des tueurs (au nom de la religion) de la trempe de Youssef Fikri.

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