Abderrahim Harouchi : «Un pays ne vaut que par ce que vaut sa justice»

Abderrahim Harouchi : «Un pays ne vaut que par ce que vaut sa justice»

ALM : La refonte du système judiciaire est au centre de la nouvelle génération de réformes définies par SM le Roi ? Pourriez-vous expliquer l’opportunité de ce choix ?
Abderrahim Harouchi : Le Maroc, sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a opté résolument pour un projet de société moderne, ouverte, tolérante, démocratique et solidaire. Ce type de société ne peut se concevoir sans un système judiciaire à même de protéger les droits de tous les Marocains, qu’ils soient simples citoyens, riches ou pauvres, opérateurs économiques, investisseurs nationaux ou étrangers. Qui voudrait en effet investir ou vivre dans un pays où les droits ne sont pas garantis ?
La justice est une condition sine qua non pour assurer la sécurité de tous, la prospérité économique, le développement du pays, pour lutter contre des fléaux tels que la corruption, la contrebande et les trafics en tous genres. Aujourd’hui un Etat fort est d’abord un Etat de droit. Au même titre que l’on considère qu’un pays vaut ce que vaut son école, on peut dire également qu’un pays vaut ce que vaut sa justice et sa gouvernance.

Le système éducatif national s’est révélé être un véritable gâchis. Quelles sont les raisons de ce gâchis ?
Au cours des dernières décennies, divers facteurs ont concouru à miner notre système éducatif pour aboutir au gâchis que nous déplorons aujourd’hui l’absence d’une véritable politique éducative, une arabisation mal conduite et qui n’a pas tenu compte du contexte général dans lequel le Maroc évolue, des finalités éducatives et des programmes qui pendant longtemps n’ont tenu compte ni des attentes de la société, ni des besoins du pays, la  quantité au détriment de la qualité, une approche pédagogique archaïque orientée sur les «têtes pleines» plutôt que «bien faites», l’absence d’évaluation, et comme vous le savez, tout système qui évolue sans évaluation est condamné à la faillite (sans évaluation, point de progrès). Certes, le COSEF a tracé les orientations de notre politique éducative. Mais les réformes engagées ont porté essentiellement sur l’organisation du système et ont eu peu d’impact sur la qualité de l’enseignement, au point que l’on peut dire que dans les classes rien n’a véritablement changé.
Pour améliorer l’efficacité du système éducatif, il faut engager les réformes dites du troisième type, celles qui concernent les démarches pédagogiques, la rationalisation des programmes, les stratégies d’enseignement/apprentissage, l’évaluation de l’apprentissage et de l’enseignement, la formation pédagogique des enseignants et l’implication de l’ensemble des acteurs dans une démarche qualité. C’est un chantier des plus difficiles pour tous les pays, car le système éducatif est un système d’action complexe et une lourde machine dotée d’une grande force d’inertie et de résistance. Réorienter sa trajectoire demande du temps, de la persévérance, de la volonté, de la continuité et l’engagement de tous les acteurs. «La réforme de l’école n’est pas une guerre éclair, mais une longue marche.» (Philippe Perrenoud).

Le Royaume vient de lancer une nouvelle initiative d’ouverture à l’adresse de l’Algérie, en l’appelant à ouvrir sa frontière. Quelle est la portée politique de cette initiative ?
C’est un geste de courage politique, de clairvoyance et de bon sens, que seuls les grands chefs d’Etat peuvent se permettre. La fermeture de la frontière et les tensions dans les relations entre nos deux pays ont un impact négatif indéniable sur la vie de nos deux peuples, nos développements respectifs et retarde la construction d’un ensemble régional qui a beaucoup de potentialités. De nos jours, pour résoudre les grands problèmes qu’ils soient d’ordre politique, économique ou écologique, on ne peut plus se contenter de raisonner au niveau d’un pays isolé . Les pays du Maghreb ont donc tout intérêt à unir leurs efforts pour améliorer les conditions de vie de leurs populations respectives, leur sécurité et assurer un développement durable.

La normalisation des relations avec l’Algérie peut-elle aider à régler la question du Sahara?
La proposition d’autonomie faite par le Maroc a rencontré un écho favorable auprès d’une grande partie de la communauté internationale, à l’exception notable de l’Algérie. Il est évident que l’Algérie détient l’une des clés de ce problème. Mais on peut se poser la question de savoir si le rapprochement avec l’Algérie peut être dissocié de la résolution du problème du Sahara.

En dépit de la conjoncture économique difficile, le Maroc a pu poursuivre ses réformes ? Comment expliquez-vous cela ?
Certes le Maroc semble pour l’instant épargné. J’attribuerai cette relative bonne santé à la dynamique de développement et de croissance et aux réformes structurelles engagées par notre pays depuis quelques années sous l’impulsion de Sa Majesté le Roi. Il ne faut cependant pas croire que nous sommes définitivement à l’abri. Le prix de l’énergie, la raréfaction des ressources et les conséquences du capitalisme débridé représentent un risque pour tous les pays. A cela s’ajoutent pour nous les risques engendrés par les transformations sociales, les inégalités, l’extrémisme religieux, etc. Plus que jamais nous devons poursuivre notre combat pour la démocratie et la lutte contre les inégalités et faire preuve d’imagination et de créativité pour construire un Maroc meilleur en dépit d’une conjoncture de plus en plus difficile. Dans un tel contexte, la justice et l’éducation sont effectivement les clés de la réussite. 

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