Aux origines de la poésie hassanie : Les jeunes poètes sahraouis sur les pas de leurs ancêtres

Aux origines de la poésie hassanie : Les jeunes poètes sahraouis sur les pas de leurs ancêtres

Dans les provinces du Sud du Royaume, la poésie constitue le moyen d’expression artistique le plus répandu. Le poète y aborde des sujets variés, notamment les problèmes de l’homme et de la femme sahraouis, les coutumes et traditions, et contribue à l’animation de la vie sociale à travers des rencontres familiales, mais également à travers des manifestations culturelles telles que les soirées de chants et de danses.
Contrairement à ce que beaucoup de gens peuvent penser, les changements que connaît la société sahraouie ces derniers temps n’ont affecté en rien le respect et l’amour porté par les Sahraouis à cette partie de leur culture. Bien au contraire, les jeunes s’adonnent en masse à ce genre artistique hérité de leurs ancêtres et par le biais duquel, ces gens transmettent de génération en génération des leçons de morale issues principalement d’expériences individuelles et collectives.
Pour les jeunes de cette société, la poésie a toujours été un héritage précieux qui a préservé leur histoire, leurs victoires, leurs traditions et coutumes, leurs bonheurs et malheurs. Pour eux, la culture locale n’a jamais connu mieux que la poésie comme moyen pour préserver le dialecte hassani et le transmettre à la nouvelle génération à travers l’éducation de jeunes qui maîtrisent ce dialect et le conservent. Des jeunes qui conservent cet héritage ainsi que leur identité sahraouie dont ils sont fiers. «Nos jeunes sont attachés à la culture locale, notamment la poésie qui représente l’une des meilleures facettes de cette culture, en transmettant les sentiments du simple Sahraoui. Certes aujourd’hui beaucoup de choses ont changé, mais l’engouement des jeunes pour la culture subsiste dans ce sens chacun d’eux doit au moins apprendre quarante vers de poésie, et qui lui sont propres, pour être près à les déclamer chaque fois qu’on lui demande, notamment lors des festivités de mariage. Donc, apprendre la poésie pour les jeunes Sahraouis n’est pas un luxe, mais une nécessité», explique à ALM Elbaillal Mohamed un jeune poète sahraoui, issu d’une famille ancrée dans cette tradition.
Le même avis est partagé par Lahbib Aydid, écrivain et chercheur en culture hassanie qui avance que l’importance  donnée aujourd’hui à la poésie hassanie a encouragé les jeunes à s’y adonner,  à travers notamment  une série d’émissions télévisées, (Compétition des rimes; une sorte de Star Académie des poètes hassanis, présentée chaque été par la chaîne régionale de Laâyoune, dans laquelle les jeunes poètes locaux se mettent en concurrence). Ces émissions ont fait d’une pierre deux coups; inciter les jeunes à s’adonner à la poésie comme étant l’un des genres artistiques les plus nobles, et également contribuer à la préservation de cette poésie qui continue d’enrichir la culture populaire arabe. M Aydid affirme que d’autres efforts sont également entrepris par l’Agence du Sud, pour assurer la préservation de la poésie hassanie et la faire connaître. L’agence a publié en 2007 seulement 6 recueils de poésie de poètes locaux.
«Pour les Sahraouis, la poésie demeure une nécessité, et tout un chacun  doit déclamer des vers, et je ne pense pas qu’il va disparaître tant qu’on voit aujourd’hui des jeunes assoiffés de cette poésie, qui vont en prendre le relais», estime le professeur  Said bouchakouk, chercheur en culture hassanie. Alors l’unanimité est faite  par les jeunes autour de la poésie hassanie comme un héritage précieux qui doit toujours être  soigneusement traité, malgré tous les changements qui risquent de se produire. Le poète dans cette culture est le synonyme de la personne qui respecte ses traditions, et qui est en fière.
Signalant que la poésie hassani est considérée comme partie intégrante de la poésie populaire.  Sa différence spécifique réside dans le fait qu’elle contient des métriques poétiques mesurées par l’articulation des voyelles qui diffèrent les unes des autres dans la manière de faire les constituants syntactiques Nasb (placement du nom à l’accusatif ou d’un verbe au subjonctif Ghafd (placement du mot au génitif, par exemple Raf’a (la prononciation d’un mot final par «u») et Soukoun (une consonne médiane sans voyelle). Certaines de ces métriques sont devenues obsolètes. La poésie est pour le poète hassanie une forme de prose qui lui sert de sujet, il la façonne puis tisse sa toile de mots pour la perfectionner. Dans un autre endroit, il en ferait un corps complet n’admettant aucune addition ni diminution et qui occupe sa place parmi toutes les autres créations avec sa beauté et sa laideur, ses courts et longs textes. Comme toute forme de poésie créée en dialecte hassani ou en arabe classique, la poésie hassani a son importance spécifique. Malgré le fait que les poètes soient fiers de dépasser les confins de la poésie standard, la poésie hassanie est remplie de termes communément utilisés en arabe standard, ou avec des phrases significatives, en plus d’emprunts lexicologiques d’autres langues, desdits prophétiques, des sourates coraniques, ainsi que de la poésie arabe de toutes les époques.

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