Baba Jalil Khalifa Belahcen : Un conservateur bien conservé

Baba Jalil Khalifa Belahcen : Un conservateur bien conservé

A 18 kilomètres au sud de Zagora, se trouve Tamegroute. Ici, tous les jours, des visiteurs viennent des quatre coins du monde parce qu’ils ont entendu parler de la Zaouia Naciria, fondée par Ahmed Naciri au XVIIe siècle, et plus précisément de la bibliothèque. Une véritable boîte à trésor où les plus vieux manuscrits ont trouvé refuge sous la bienveillance de leur ange gardien : Baba Jalil Khalifa Belahcen. Il est le seul à connaître par cœur ces vieux livres exposés derrière les vitrines poussiéreuses. Sa maîtrise du contenu, de la biographie des auteurs et de l’historique de chaque manuscrit laisse les pèlerins des lieux complètement épatés. «Une mémoire d’éléphant, mais comment a-t-il pu tout apprendre ?», se demandent presque fatalement les visiteurs.
Le conservateur a réponse à tout sauf à celle-là justement : «Vous savez, je suis venu de Fès en 1959 pour vivre, ici, dans le quartier où résidaient les Fassis, à l’époque. La concurrence juive se faisait rude, à ce moment-là, et nous devions donc y faire face à tous les niveaux, y compris le savoir», répond-il sans s’y attarder. La bibliothèque, il s’y est retrouvé parce qu’il est de ceux qui dévorent les écrits et en font leurs compagnons éternels. En plus de sa modestie, on reconnaît à cet homme son sens des responsabilités, son honnêteté et son engagement. Quant à son âge… c’est peut-être l’unique chose qu’il a oublié de graver dans sa mémoire! «Mon âge ?… (rire) Je suis né en 1927… Je devrais avoir 80 ans, n’est-ce pas ?», dit-il, en souriant. Ce n’est pas une question de temps, vous l’aurez compris.
Ce vieil homme de petite taille, le dos courbé, semble vivre dans un univers où les aiguilles de la montre se sont arrêtées, depuis bien longtemps.  Seuls les livres comblent la vie de Baba Jalil tout comme ce petit espace partagé en deux parties. La première, à l’entrée, est la principale puisqu’elle contient les manuscrits les plus rares. L’autre, à droite, sert de salle de lecture pour tous ceux qui voudraient consulter un de ces prestigieux livres. «tout et pour tout, nous avons 4000 manuscrits traitant de différentes disciplines : religion, langues, astronomie, mathématiques, Histoire, herboristerie…», explique le conservateur en réunissant ce groupe de jeunes venu rendre visite à la bibliothèque.
Tous les jours, sauf le week-end, Baba Jalil accueille et guide les curieux. «Nous sommes dans la nouvelle structure de la bibliothèque construite depuis une dizaine d’années. L’ancienne se trouve à l’intérieur de la Zaouia Naciria, à quelques pas d’ici», précise-t-il, avant de présenter les ouvrages essentiels. Quelques uns : l’ouvrage de Pythagore en arabe, le Coran expliqué par Jalal Eddine Saouti et le dictionnaire de langue de Mohamed Ibn Yaâcoub, d’Iran. Ibn Sina, Ibn Rochd, Al Khaouarizmy, Cadi Ayyad, Malik Ibn Abbas… Les érudits, qui ont marqué les siècles passés, retrouvent une seconde vie dans cette bibliothèque. Certains ouvrages sont écrits sur une peau de gazelle ou encore à l’encre d’or. Les visiteurs les scrutent derrière les vitrines, attentifs aux indications du guide : «Ce manuscrit remonte à l’Empire ottoman et il traite de l’astrologie, regardez ce cercle des étoiles…». «Monsieur, vous pouvez aussi connaître l’avenir à travers les astres?», lance un jeune. «Non, non ! Je ne suis pas un voyant, mon fils !», répond le conservateur. Eh oui, à force d’admiration, Baba Jalil est parfois assimilé à un phénomène extraterrestre» et cela le faire rire. Ce qui est sûr c’est que lui et ces manuscrits font la célébrité de cette bibliothèque. On ne pourrait plus imaginer l’un sans l’autre et Tamegroute vous le dira.

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