Bilal Ibnou Rabah (1)

Quand on citait le nom d’Abu Bakr devant Omar b. al-Khattab, celui-ci disait: «Abou Bakr est notre maître, qui a libéré notre maître.» Il visait Bilal. Mais Bilal ne prêtait pas beaucoup d’attention aux éloges qu’on lui adressait. Il baissait les yeux, en disant humblement: «Je suis plutôt un Abyssinien… J’étais un esclave…». Cet ancien esclave noir, svelte mais grand, aux cheveux crépus et aux petites épaules, qui est-il? C’est Bilal Ibnou Rabah, le premier muezzin de l’Islam et le contradicteur des adorateurs des idoles. Et puis, qui ne connaît pas Bilal, alors que son nom traverse le temps depuis le début de l’Islam?
Des centaines de millions de tous les âges le connaissent. Si on interroge un enfant musulman de n’importe quelle partie du monde: «Petit enfant, qui est Bilal?» Il répondra: «C’est le muezzin de l’Envoyé. C’est cet esclave qui est devenu musulman et que son maître polythéiste torturait, pour le faire dévier de l’Islam.»
En effet, Bilal était un esclave qui s’occupait du bétail de son seigneur, pour quelques poignées de dattes. Si ce n’était sa foi en l’Islam, il aurait traversé le temps en inconnu. La couleur de sa peau, sa condition sociale ne l’ont pas empêché d’occuper un rang très élevé parmi les musulmans. Lui le dépossédé de tout, le fils d’une esclave, on le croyait incapable de la toute petite chose. Mais voilà qu’il osa et embrassa l’Islam. Il eut une foi inébranlable, devant laquelle, se brisèrent toutes les tentatives de dissuasion. Il subissait la vie d’esclave.
Des jours se ressemblaient, il n’avait aucun droit et il n’avait aucun espoir en un possible lendemain différent.  Puis, voilà qu’on parla de Mohammad devant lui. Les Mecquois, y compris Omaya ben Khalaf, ne cachaient pas leur sentiment envers Mohammad, et ils l’exprimaient clairement, tandis que Bilal écoutait. Ils reconnaissaient bien l’intégrité de Mohammad, discutaient de la nouvelle religion mais la rejetaient ensuite. Ils disaient que Mohammad n’était ni menteur, ni sorcier, ni fou.
Cependant, ils avaient peur pour la religion de leurs ancêtres et craignaient que la Mecque perdrait son rôle religieux prépondérant en Arabie. Dans ces conditions-là, Bilal eut le cœur ouvert à la lumière divine et il alla au Messager de Dieu (ç) annoncer sa conversion à l’Islam. Mais la nouvelle ne tarda pas à faire le tour de la cité. Son maître Omaya vit en cela un affront qu’il fallait effacer à tout prix, et vite. Mais Bilal était convaincu et résolu. Il ne céda pas, il résista à toutes les tortures. Dieu l’avait choisi comme exemple pour peut-être dire aux humains que la couleur de la peau et la condition d’esclave n’entament nullement la grandeur de l’âme croyante. La liberté de conscience ne peut s’acheter. Bilal l’avait démontré par sa résistance à tous les supplices.
On le faisait sortir chaque jour, au soleil de midi, pour le jeter sur le sable brûlant et le laisser souffrir sous le poids insupportable d’un rocher très chaud. Ses tortionnaires voulaient le détourner de sa foi tandis que lui voulait être musulman. Comme sa situation de supplicié durait, on lui proposa de dire un mot de bien, un tout petit mot en faveur de leurs dieux, pour faire cesser son supplice. Même ce petit mot, Bilal ne le prononça pas, lui qui pouvait le dire de façon superficielle, sans perdre sa foi, afin d’être soulagé. Oui, il refusa de le dire et se mit à répéter son chant éternel: Ahadoun, Ahadoun (Il est l’unique, il est l’unique). Ses tortionnaires lui disaient : «Dis ce que nous disons.» Mais lui leur disait: «Ma langue ne sait pas bien dire cela.». Les sévices reprenaient alors de plus belle jusqu’à l’après-midi.
A ce moment-là, on enlevait le rocher de sa poitrine, on lui mettait une corde au cou et on le laissait à la merci de leurs garçons, qui le faisaient courir dans les rues de la Mecque et sur les montagnes. J’imagine qu’à la nuit tombée, ses bourreaux lui disaient: «Demain, dis du bien de nos dieux; dis que tes seigneurs sont al-Lat et al Ouzza et nous laissons…» Mais Bilal rejetait sereinement ce marchandage par la reprise de son chant. Sur ce, Omaya ben Khalaf explosais de colère et de haine : «Par al-Lat et al-Ouzza! tu vas voir. Tu seras un exemple pour les esclaves et pour les maîtres!».

• «Des hommes autour du Prophète»
Khalid Mohammad Khalid
Traduction : Abdou Harakat
Ed. Dar Al-Kotob Al-Ilmiyah
Beyrouth, 2001 – 224 pages

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