Bouftass : Un passionné du corps humain

Bouftass : Un passionné du corps humain

Saïd Bouftass est un fou du corps humain, de la forme. Un artiste qui se définit comme plasticien-réalisateur de dessins animés. Pendant seize ans, il a étudié la morphologie du corps humain. Tour à tour étudiant puis assistant, à l’Ecole des beaux arts à Paris, puis à l’Université Paris VIII, il revient au Maroc avec un doctorat de morphologie du corps humain en poche. Sa passion l’a mené à la physiologie, au mouvement et au dessin animé, l’expression artistique la plus complète et qui joint l’image, le mouvement, le son, la réalisation. En 1996, Saïd Bouftass crée Casa Première, première société de dessin animé. Aujourd’hui, avec du recul et à la tête d’Arterama productions, il rêve toujours d’être le premier réalisateur d’un long métrage sur le dessin animé au Maroc.
Des synopsis lui tombent de temps en temps entre les mains, mais aucun scénario n’arrive à arracher son suffrage. «Je suis un éternel insatisfait», confesse-t-il, non sans une certaine pudeur, sans cette retenue qui l’interdit parfois, en pleine inspiration, face à un visage, à un corps, de céder à sa passion et de peindre sur le vif. Cette envie qui peut le prendre au détour d’une rue, en pleine jouitia, à Derb Ghellag, il la réprime, la contient tout en essayant de conserver l’instant, la forme qui l’a inspiré, jusque dans l’intimité de son atelier.
«Chaque visage est unique. Moi je me nourris de la réalité, je ne dessine pas d’après l’imagination mais, d’après la mémoire», déclare-t-il à ALM. «J’ai pas peur d’échec», sachant que dessiner c’est recommencer. Mais c’est d’abord, «regarder, dévoiler l’étrangeté des choses que l’on croyait connaître».
Entre deux cours donnés à Moulay Youssef, à l’école de design Artecom, et après avoir déposé sa fille à l’école, Bouftass se livre tous les jours à sa passion du corps humain. Dans sa méthode, il procède par opposition, il confronte le blanc écarlate du papier à la noirceur complète de l’encre de chine ou du fusain. A l’adresse de ses étudiants qui découvrent avec lui le dessin animé, la morphologie et le croquis, il conseille de reconnaître ce matériau, l’encre de chine, «à l’odeur et non à l’étiquette» qui ne veut rien dire. Dernièrement, beaucoup d’artistes refusent de se réclamer de telle ou telle école, de peur, avancent certains, «de ne pas perdre notre indépendance». Saïd Bouftass, lui ne rougit pas de dire qu’il se range dans la démarche philosophique du Suisse Alberto Giacometti. Ce contemporain, surréaliste à ces débuts, est revenu au corps humain avant sa mort, en cherchant désespérément, disait-il, l’impossible ressemblance du visage, effarouché de n’être jamais parvenu à la reproduction parfaite. Voilà toute sa philosophie, qui tient dans ce combat entre le propre regard du dessinateur et l’Homme.
Quant au yougoslave Velicovitc, l’autre modèle, Said Bouftass a eu à être son élève. Ce «grand maître» travaille sur l’action, sur la violence du moment et peint des corps déchiquetés, fragmentés, loin de Rembrandt dont l’oeuvre s’attachait à la réalité de tous les jours. Tous ces noms qui font autorité ont eu à affronter comme Bouftass, l’angoisse du dessinateur, dépositaire infidèle à la recherche de la ressemblance : «Dessiner c’est réduire sa peur, c’est vaincre ses angoisses». Ce n’est pas seulement une question de ressemblance, ajoute Bouftass qui prend la précaution de distinguer entre la figure et le visage. L’appareil photo suffirait au premier. Pour le reste, il faut être plus perçant que la rétine à pupilles, transcrire le regard, pénétrer la vie. C’est là que s’exerce l’art du dessinateur. A quarante ans, Said Bouftass, qui expose présentement au Festival International d’Animation de Meknès, n’a pas renoncé à son rêve de toujours, ce long métrage qui dit-il ne saurait tarder.

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