Cadrage : Le monde nous tourne le dos

Casablanca, il est vrai, a fini par tourner le dos à la mer. Mais si les problèmes engendrés par la gestion du port de Casablanca continuent de la sorte, c’est désormais le reste du monde qui tournera, à coup sûr, son dos à Casablanca. La soixantaine de clandestins qui ont, encore une fois, pris d’assaut, dans la journée du mercredi dernier, les navires du port ont fini par excéder les opérateurs. Les engagements répétés de sécurisation de l’enceinte portuaire, comme d’ailleurs exigés par les nouvelles normes ISPS, sont restés lettre morte. Le port de Casablanca est toujours une véritable foire. Un souk mouvant avec des personnes n’ayant rien à voir avec la vente en gros de poissons, des ménagères, des marchands ambulants, de vendeurs au détail et de gargotiers. La multitude des portes d’accès amplifie, à coup sûr, ce phénomène. Le port est désormais considéré comme une véritable passoire. Les complicités à tous les niveaux et la corruption, même à bord des bateaux, biaisent toute tentative de mise à niveau des standards de sécurisation du port.
En face, les opérateurs du secteur maritime vivent cette situation de laisser aller à leur corps défendant. La menace de se voir obliger de rebrousser chemin, les bateaux risquent, chaque fois qu’un clandestin est trouvé à bord, de fortes amendes. Elles peuvent aller jusqu’à 5000 euros !
Comment, donc, garder le cap et focaliser ses énergies sur son principal métier ? au lieu de penser à sécuriser ses navires alors que d’autres sont payés pour le faire!
Cette situation gagne à trouver une solution définitive. Certains plaident en faveur d’un renforcement, de manière draconienne, des mesures de sécurité. Toutes les solutions sont bonnes à êtres testées : hausser le mur de sécurité, installer des fils électriques, renforcer le nombre d’agents de sécurité…
D’autres, par contre, plaident en faveur d’un ancrage du port dans la ville. Ils estiment que le problème des clandestins exige un traitement sociologique plutôt que sécuritaire. Au port de Casablanca, on parle désormais de la communauté de clandestins. Elle est bien organisée. Elle a ses règles et codes. Le traitement ne peut intervenir qu’une fois le contour de cette communauté connu. Par contre, la ville gagne à mieux récupérer son ouverture sur son port. D’ailleurs, le plan stratégique retenu pour l’horizon 2012, fait de Casablanca une ville, à l’image des villes portuaires les plus célèbres, comme Marseille, un espace ouvert sur son port.  Il est désormais bien loin le temps où les concepteurs du port de la ville banche, le célèbre Yves Bartes, ont bien pensé l’ancrage du port dans la ville. L’idée est assurément bonne mais le corollaire, un préjudice économique pour le poumon économique du Royaume est à prendre en considération. À moins que Tanger ne vienne prêter, main-forte à Casablanca pour résoudre cet épineux problème. Le port Tanger-Med, actuellement en chantier, est de nature à alléger la pression sur la ville blanche. Dans ce cas, comme se plaît Driss Benhima à le rappeler, on parlera de Casa-Med et non de Tanger-Med.

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