Clandestins : Les ports pris en otage

Clandestins : Les ports pris en otage

La scène est digne d’une production hollywoodienne. Des éléments de la police, de la Douane, des transitaires, des employés de l’ODEP, bref, une grande agitation dans le port de Casablanca autour d’un bateau de la compagnie IMTC à bord duquel ont été découverts mercredi 22 juin une soixantaine de clandestins. Une véritable bataille s’est alors déroulée entre les forces de l’ordre et ces personnes, des mineurs pour la plupart, qui avaient des armes blanches sur eux.
Habillés en vêtements professionnels (fluorescents à l’instar de ceux des marins et autres employés du port), ils ont déjoué toutes les vigilances, pour atteindre le navire qui devait appareiller à destination du Brésil et se cacher jusque dans les gaines et les salles-machines. Résultat, le bateau a été paralysé au port, retardé, pour permettre aux différentes autorités d’intervenir pour maîtriser les voyageurs indésirables. Chose faite après moult efforts. Ironie du sort, cette tentative d’immigration clandestine est intervenue le même jour où une réunion avait lieu entre Karim Ghallab, ministre de l’Equipe-ment et des Transports et les opérateurs maritimes au sujet de la nouvelle réforme portuaire qui vient d’être adoptée en commission au sein de la chambre des représentants dans le courant de cette semaine et qui insiste beaucoup sur la sécurité des infrastructures portuaires nationales.
Mais il se trouve que cette dernière n’est pas assurée, comme en témoignent les événements de mercredi. Les armateurs, qui se trouvent à chaque fois devant de grandes pénalités à payer, notamment en cas de retard et d’endommagement des livraisons, rejettent la responsabilité sur les autorités du port, l’ODEP en tête. Ce dernier «doit prendre ses responsabilités et ne pas se contenter seulement d’encaisser les taxes», estime Mohamed Karia, président d’IMTC. Mais au sein de l’Office d’exploitation des ports, l’on nie toute responsabilité. «L’ODEP est, comme son nom l’indique, un Office d’exploitation et non de surveillance des ports nationaux», explique une source autorisée proche de la direction générale. Et d’ajouter : «Assurer la sécurité des infrastructures portuaires n’est pas du ressort de l’ODEP bien que l’Office ait investi de grandes sommes en acquérant des caméras de surveillance et des scanners.
Pour ce qui est du port de Casablanca, l’ODEP a financé la construction d’une muraille de 5400 mètres pour sécuriser son enceinte». Un avis qui n’est pas du tout partagé par les armateurs qui mettent en exergue la responsabilité juridique de l’Office quant à la sécurité des marchandises qui transitent par les zones qu’il exploite. C’est pour cette raison d’ailleurs que l’ODEP a eu recours à la signature de plusieurs protocoles portant le transfert des équipements et investissements de l’Etat dont il est acquéreur. L’exemple le plus récent est celui des scanners qui ont été achetés par l’ODEP et dont l’exploitation se fait actuellement par les services de la douane.
L’existence de clandestins dans les ports marocains, est donc une réalité. Rien que pour le plus grand port du Maroc, ces clandestins qui sillonnent quotidiennement ses allées seraient environ 300 par jour, selon des estimations faites par des professionnels. Et la situation n’est pas prête de changer dans les courts termes. En effet, la multiplicité des intervenants à l’intérieur de chaque port n’est pas pour arranger les choses.
Entre ODEP, Direction des ports et du patrimoine maritime au sein du ministère de l’Equipement et des Transports, les dockers (800 rien que pour le port de Casablanca), ONP (en raison de la proximité des halles au poisson des quais) agents et autres courtiers, police, Douane, forces auxiliaires et bien sûr les équipages des différents bateaux, très faciles à soudoyer, la gestion devient donc parcellaire.
La responsabilité se noie et il devient difficile de barrer le chemin aux clandestins qui voient en les ports nationaux leur unique moyen pour atteindre l’eldorado. «Je voudrais bien que les autorités du port prennent ce phénomène au sérieux parce que l’existence de ce problème pénalise les armateurs en premier lieu», précise le commandant Karia.

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