Continuer la lutte pour un Maroc démocratique

Aujourd’hui Le Maroc : Le Maroc célèbre la semaine prochaine le cinquantenaire du retour d’exil de Feu SM le Roi Mohammed V et de la déclaration de l’indépendance. Que vous inspirent ces deux événements ?
Abdelkrim El Khatib : Cette époque glorieuse de notre histoire me rappelle tout naturellement ma jeunesse. Mais pas uniquement. C’était une période pleine d’espérances. A ce moment-là, la génération à laquelle j’appartiens avait nourri de grands desseins pour cette jeune nation créée. Nous voulions construire un Maroc jeune, auréolé de son indépendance, démocratique, un Etat de droit basé sur le respect des droits des citoyens et la garantie des libertés. Mais malheureusement, le résultat n’était pas à la hauteur de ces espoirs. Nous sommes vraiment consternés de voir notre pays en proie à des maux tels que la corruption, l’injustice. Le peuple marocain, celui qui s’est soulevé avec courage pour chasser l’occupant étranger de ses terres, celui qui a versé son sang pour libérer son pays, vit dans la pauvreté.

Cette lutte justement, que vous évoquez, a été menée de concert par le peuple et son Roi. Que représente-t-elle pour vous ?
Feu SM Mohammed V est un très grand Monarque qui n’a jamais hésité à tout sacrifier pour servir son peuple et son pays. Son dévouement a d’ailleurs été récompensé après que tous les Marocains se soient soulevés après son exil en Corse puis à Madagascar. C’est à mon sens la meilleure preuve d’attachement et d’amour qu’un Monarque puisse recevoir de son peuple. De concert, Roi et peuple ont lutté pour libérer le pays. Ils ont durement bataillé pour chasser le colonisateur. Les Marocains sont sortis dans la rue, ils ont mené un combat au forceps, avec le très peu de moyens dont ils déposaient, mais ont défendu l’honneur de la nation. Et ils ont finalement eu gain de cause. Le 16 novembre 1955, tous ces efforts ont été récompensés avec le retour d’exil de Feu SM Mohammed V et la signature de la Déclaration de l’Indépendance. Cette dernière a été le couronnement de ces longues luttes pour lesquelles des milliers de Marocains se sont sacrifiés. Mais la suite est malheureusement très peu reluisante pour les différents mouvements politiques qui ont pris part à cette période très glorieuse de l’histoire de notre pays. Ces différents courants politiques n’ont pas réussi à insuffler à la période post-coloniale cette dynamique de développement politique, économique et sociale nécessaire à l’édification d’une nation prospère.

Vous brossez-là un tableau sombre du Maroc d’aujourd’hui. Comment voyez-vous l’avenir du pays?
Je ne suis qu’en train de brosser un tableau réaliste. Ce n’est pas ce Maroc d’injustice, où des centaines de personnes innocentes sont jetées en prison sans preuve, où les simples citoyens vivent en insécurité que nous voulions. Nous avons longtemps bataillé pour un Maroc démocratique où le respect du citoyen, de ses droits et de ses obligations, consisterait la règle. Nous avons cependant un espoir en SM le Roi Mohammed VI. J’espère que ce jeune monarque puisse réussir à construire cet Etat de droit qui a longtemps nourri nos rêves, et ceux de générations qui nous ont succédés. Un chantier dans l’édification duquel les partis politiques et les autres forces vives de la nation ont leur place. Ils devront se doter des moyens d’agir pour mener à bien ce grand projet d’unification du Maghreb qui s’impose plus que jamais.

Qu’avez-vous à dire à ces jeunes générations qui sont justement appelées à relever ces grands défis?
A ces jeunes générations qui sont appelées à prendre le flambeau, je dirais qu’il faudrait continuer la lutte. Et de toutes les manières, l’Histoire les y obligera.

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