Dames et pions !

«On compare généralement la politique à un échiquier. On a tort : c’est un jeu de dames», avait dit un jour le journaliste et romancier français, Aurélien Scholl. L’auteur du roman «L’Amour d’une morte» n’avait pas tort. Dans le jeu de dames, contrairement aux échecs, c’est difficile de voir le coup venir, comme en politique. Les pions se ressemblent. Ils ont les mêmes mouvements. À peine vous comprenez la stratégie de votre adversaire que vous vous apercevez qu’il est déjà trop tard pour riposter. C’est ce qui fait de lui le jeu de stratégie par excellence.
L’histoire du jeu de dames se perd loin dans le passé. Toutefois, il existe de nombreuses études et publications réalisées en Espagne, datées déjà du XVIe siècle, qui portent sur la stratégie du jeu. Quelques auteurs relient le jeu de dames à des hiéroglyphes découverts dans les pyramides égyptiennes, vieux de plus de 5000 ans. Les Arabes jouaient à un jeu qui ressemble au jeu de dames, vers le Xe siècle. Le nom de ce jeu était l’Al-qirq (le moulin), qui devint l’Alquerque en Espagne vers le XIIIe siècle. C’est ce jeu qui a conduit au jeu sur un damier de 64 cases (8×8), connu sous le nom de Damas en Espagne, Draughts en Grande-Bretagne, Dam en Hollande, Dama en Italie et Dames en France.
Au début du XVIIIe siècle, le damier de 100 cases (10×10) apparu en Europe (probablement en France, mais certains disent qu’il venait de Pologne). Et le jeu sur 144 cases (12×12) vint plus tard, au Canada.
Aujourd’hui, il est joué sur un damier de 8×8, 10×10 ou 12×12 selon la variante. Le nombre de pièces (pions) varie selon la dimension du damier. Dans la plupart des variantes, les pions sont claires et obscures, situées dans les cases d’une même couleur (alternes) sur les premières rangées de chaque côté du tableau. Au Maroc, comme en Italie, on appelle ce jeu Dama. On le joue sur un damier de 64 cases (8×8). Nous allons nous intéresser à cette variante. Le but du jeu, comme celui de toutes les variantes, est de prendre la totalité des pièces adverses, ou de les bloquer, de sorte qu’à leur tour, le déplacement devienne impossible. La partie est déclarée nulle lorsque la victoire devient techniquement impossible soit par le nombre de pièces ou leur position. Mettre fin à une partie, se fait en concertation entre les deux adversaires. Durant la partie, les pions se déplacent en diagonal tant vers la droite comme vers la gauche, vers l’avant et toujours d’une seule case. Quand un pion atteint la première rangée de l’adversaire, il est couronné. Il se transforme en dame. Pour la distinguer des pions, on place en dessus un autre pion de sa même couleur. Les dames, comme les pions, ont un mouvement diagonal. Elles ont, cependant, une série de pouvoirs spéciaux : la possibilité de se déplacer tant vers l’arrière comme vers l’avant et elles peuvent se déplacer un nombre illimité de cases. Le pion fait les prises en diagonal en sautant par dessus de la pièce adverse qui va être capturée et doit se placer sur la case immédiatement derrière celle-ci. Pour la dame, c’est la même chose. Bien entendu, la dame a le pouvoir de capturer aussi bien vers l’avant que vers l’arrière. Il faut noter que la prise est obligatoire. Le jeu de dames est très populaire au Maroc. Il a des adeptes  à travers tout le Royaume. On organise souvent des tournois de dames surtout lors du mois de Ramadan. Il en a même des gens tellement accros au jeu qu’ils parcourent les villes en quête de nouveaux challengers. Dans le milieu rural, jouer aux dames était un véritable rituel. Lorsque le perdant souhaite recommencer une nouvelle partie, le gagnant éloigne petit à petit le damier de ce dernier. S’il enchaîne perte après perte, le vaincu se retrouve dans une situation de moins en moins confortable. À un moment, il lui devient impossible de continuer.

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