Décès : La prix Nobel Alexandre Soljenitsyne n’est plus

Décès : La prix Nobel Alexandre Soljenitsyne n’est plus

L’ancien président soviétique Mikhaïl Gorbatchev a salué un «homme au destin unique» qui fut l’un des premiers à dénoncer «à voix haute le caractère inhumain du régime stalinien». Le prix Nobel de littérature est décédé «à la suite d’une insuffisance cardiaque aiguë» dimanche à 23h45 heures de Moscou (19h45 GMT), a déclaré son fils Stepan, cité par l’agence de presse Itar-Tass. L’écrivain, très affaibli depuis plusieurs années, n’apparaissait plus que rarement en public. Des images télévisées le montraient alors recevant des hôtes dans sa maison de Troïtse-Lykovo, au nord-ouest de Moscou, en fauteuil roulant. Alexandre Soljenitsyne a révélé au monde la réalité du système concentrationnaire soviétique dans ses ouvrages : «Une journée d’Ivan Denissovitch», «Le premier cercle» et «L’Archipel du Goulag». «A la fin de ma vie, je peux espérer que le matériel historique (…) que j’ai collecté entrera dans les consciences et la mémoire de mes compatriotes», avait-il dit en 2007 alors que le président Vladimir Poutine venait de lui remettre le prestigieux Prix d’Etat russe. «Alexandre Soljenitsyne a traversé des épreuves difficiles comme des millions de citoyens du pays», a déclaré le père de la Perestroïka Mikhaïl Gorbatchev à l’agence russe Interfax.
«Il fut l’un des premiers à parler à voix haute du caractère inhumain du régime stalinien et de ceux qui l’ont connu mais n’ont pas été brisés», a-t-il ajouté.
Le président russe Dmitri Medvedev a exprimé ses condoléances à la famille de l’écrivain, a annoncé sa porte-parole Natalia Timakova. Le président français Nicolas Sarkozy a, quant à lui, rendu hommage à «l’une des plus grandes consciences de la Russie du XXe siècle» qui avait écrit : «Un homme est heureux tant qu’il décide de l’être, et nul ne peut l’en empêcher». «Son intransigeance, son idéal et sa vie longue et mouvementée, font d’Alexandre Soljenitsyne une figure romanesque, héritière de Dostoïevski. Il appartient au panthéon de la littérature mondiale. Je rends hommage à sa mémoire», a écrit M. Sarkozy.
Né le 11 décembre 1918 à Kislovodsk, dans le Caucase, Soljenitsyne adhère aux idéaux révolutionnaires du régime naissant et fait des études de mathématiques.
Artilleur durant la Deuxième Guerre mondiale, il est arrêté en 1945 et condamné à huit ans de camp pour avoir critiqué les compétences guerrières de Staline dans une lettre à un ami. Libéré en 1953, il publie en 1962 son récit sur un détenu ordinaire du Goulag, «Une Journée d’Ivan Denissovitch», avec l’autorisation du nouveau maître de l’URSS, Nikita Khrouchtchev. Pourtant, d’autres livres de Soljenitsyne, «Le Pavillon des Cancéreux», puis «Le Premier Cercle» ne sortent qu’en «samizdat», les éditions clandestines, et à l’étranger, où ils connaissent un grand succès.
Prix Nobel de littérature en 1970, il a été privé de sa citoyenneté soviétique en 1974 et expulsé d’URSS. Il a alors vécu en Allemagne, en Suisse puis aux Etats-Unis, avant de revenir en Russie en 1994 après la chute de l’URSS.
Depuis son retour sur sa terre natale, il s’était montré critique envers l’Occident et envers l’évolution de la Russie post-soviétique, appelant à un retour aux valeurs morales traditionnelles.
Il appréciait néanmoins le rôle de Vladimir Poutine, président (2000-2008) reconverti Premier ministre et partisan du retour d’une Russie forte et fière d’elle-même, malgré son passé d’officier du KGB.
«Poutine a reçu en héritage un pays pillé et à genoux, avec une majorité de la population démoralisée et tombée dans la misère. Et il a commencé sa reconstruction (…) petit à petit, lentement. Ces efforts n’ont pas été remarqués et appréciés tout de suite», déclarait-il en avril dans un album dédié au président. En 2006, Alexandre Soljenitsyne avait accusé l’OTAN de préparer «l’encerclement total de la Russie et la perte de sa souveraineté». M. Poutine, qui lui avait rendu visite le 12 juin 2007 pour lui remettre le Prix d’Etat, avait alors loué celui qui a «dédié sa vie à la patrie». «Des millions de gens dans le monde lient le nom et les œuvres d’Alexandre Issaevitch Soljenitsyne au sort de la Russie elle-même», avait-il dit.

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *