Exposition : «Destroy Athens», l’art contemporain froisse la carte postale de la Grèce

Soucieuse de briser les clichés sur la Grèce qui résument le pays à ses plages et à son glorieux passé, la première Biennale d’art contemporain d’Athènes a choisi de bousculer ses visiteurs avec des œuvres choc, dont certaines s’amusent à détourner le patrimoine grec. Avec son titre «Destroy Athens», la provocation est le maître-mot de cette édition en forme de test pour ses concepteurs. Modeste par sa taille, l’exposition rassemble une soixantaine d’artistes internationaux jusqu’au 18 novembre dans l’ancien complexe industriel de Gazi, au centre-ville.
«C’est un défi de remettre en question sa culture, ses origines, ses fondations. Nous sentions qu’il fallait commencer par là», raconte l’artiste Poka-Yio, l’un des trois commissaires – tous grecs – de cette exposition.  Parmi les marques d’hellénisme revisité, le créateur de mode allemand Bernard Willhelm s’amuse dans une vidéo avec la tenue des Evzones, les soldats de la garde présidentielle grecque en jupes et collants – grande attraction touristique – et la fait porter, crime de lèse-nationalisme grec, à un danseur noir pour une chorégraphie délirante au milieu d’un rassemblement gay. «Une première copie de cette vidéo nous a été volée peu après l’ouverture de la Biennale. On s’attendait à une revendication d’un groupe de patriotes, mais rien n’est venu, ce qui nous fait dire qu’il s’agit peut-être d’un admirateur», rapporte Vivian Efthimiopoulou, responsable des relations extérieures.
 Beaucoup moins potache, le travail du Grec Stefanos Tsivopoulos, encore une vidéo, fait alterner images d’archives de grands défilés organisés par la dictature des Colonels (1967-1974) et images fictives de présentateurs de journaux télévisé sensés se dérouler à la même époque. Les acteurs du JT sont filmés très lentement, presque au ralenti, et en très gros plan, sans son direct mais avec une musique d’accompagnement cacophonique, provoquant un vif sentiment d’angoisse et d’étrangeté.  Plus loin, le Grec Stelios Faitakis a composé une gigantesque fresque murale sur quatre tableaux racontant la mort de Socrate dans un style inspiré des icônes byzantines, où il mêle des personnages semblant sortis de mangas et des figures de la Grèce moderne – policiers, popes. 
La cinéaste grecque Evas Stefani, née à New-York, a elle choisi de montrer une vidéo dans laquelle le Parthénon devient une femme qui tente de raconter les différentes expériences de son existence, où se mêlent souvenirs d’horreurs historiques et d’insouciance touristique.  Existe-t-il un lien entre les artistes grecs contemporains? «La plupart d’entre-nous possédons les mêmes outils formels, la même éducation très académique. Même lorsqu’on s’en libère cela donne un travail très méticuleux, ordonné», avance Poka-Yio. «Il y a aussi des liens avec des oeuvres qu’on trouve en Allemagne, en Autriche et en Espagne, une référence au grotesque avec des images fortes, souvent très noires», analyse-t-il.  La plupart des autres oeuvres exposées sont à cette image – chic et choc diront certains – avec des installations «trash» du Lituanien Aidas Bareikis et du Néerlandais Kimberley Clark, une sculpture monumentale de son compatriote Folkert de Jong, les dessins fantastiques de l’Américain John Kleckner.

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