France : une quadragénaire étouffe ses huit nouveau-nés

Il est difficile de dresser un profil-type des mères infanticides, dont le nombre serait stable en France depuis les années 1970, mais dans la majorité des cas, elles sont ordinaires et conscientes de leurs actes, relèvent des spécialistes. Seule une dizaine d’affaires sont portées à la connaissance de la justice chaque année, comme la découverte cette semaine des restes de huit nourrissons près de Douai (Nord), mais on en dénombre en réalité entre 60 et 80, selon le Dr Jacques Dayan, ancien expert après des tribunaux et spécialiste de la psychiatrie périnatale. «Les médias braquent les projecteurs sur des cas extraordinaires mais la plupart des histoires ne concernent qu’un nouveau-né», explique à Reuters le médecin du CHU de Rennes. Le nombre d’infanticides – on parle de «néonaticides» si les nouveau-nés sont tués dans la journée qui suit leur naissance – «est à peu près stable depuis que les avortements sont plus faciles», ajoute-t-il. À Villers-au-Tertre, dans le Nord, une aide soignante de 47 ans a déclaré avoir accouché seule de ses huit enfants qu’elle a étouffés ensuite. Mère de deux filles aujourd’hui âgées d’une vingtaine d’années, elle a expliqué aux policiers qu’elle était consciente de ses grossesses mais qu’elle ne voulait plus d’enfants. Selon Sophie Marinopoulos, psychologue et auteur de «La vie ordinaire d’une mère meurtrière», l’affaire de Villers-au-Tertre est sans aucun doute «le cas le plus grave en nombre» en France. Dans les années 70, un couple de Corrèze a tué sept de ses enfants à la naissance. Plus récemment, Véronique Courjault a été condamnée pour le meurtre de trois de ses nouveau-nés et en mars dernier, Céline Lesage, 38 ans, a été reconnue coupable d’avoir tué six de ses enfants. «Certains les ont présentées comme des serial-killers. Vu de loin, le nombre rend ces affaires monstrueuses mais de près, elle sont banalement humaines et fragiles», dit Roland Coutanceau, psychiatre et criminologue qui a assisté au procès de Céline Lesage devant les assises de la Manche. «Psychiquement, en le tuant, elles empêchent leur enfant de naître. Elles gardent le pouvoir sur leur ventre», ajoute le Dr Dayan.

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