Gel de la taxe de la colère

Gel de la taxe de la colère

Tout est bien qui finit bien. C’est ce que l’on serait forcé de dire à l’issue du long débat qui avait succédé à l’entrée en vigueur de la résolution fiscale portant, entre autres, sur la taxe imposée aux salles de spectacle et devant bénéficier à la Trésorerie de la commune de Casablanca.
Un débat où professionnels du théâtre, chanteurs et artistes-peintres avaient manifesté leur colère contre cette décision, adoptée et validée par les autorités de tutelle, à savoir le ministère de l’Intérieur et celui des Finances et qui vient de prendre fin. Une fin qui a eu lieu à l’issue d’une réunion tenue mardi 18 mai entre, d’une part, le maire de la ville de Casablanca, Mohamed Sajid, consignataire de cette résolution, et d’autre part, les professionnels du théâtre et du spectacle, au siège du Syndicat national des professionnels du théâtre. Ayant duré plusieurs heures, tard dans la nuit, cette réunion a été soldée par la promesse de M. Sajid, homme d’écoute de l’avis de plusieurs personnalités présentes ce jour-là, de suspendre cette résolution, opérationnelle depuis le 1er avril. Les responsables des salles ont également reçu des instructions dans ce sens.
Hassan Nafali, secrétaire général du Syndicat national des professionnels du théâtre, ne manque pas de se féliciter de cette décision, mais il remarque cependant son caractère officieux. Pour lui, « Il faut officiellement et définitivement revenir sur cette décision ». Mais pour cela, il faudra attendre la prochaine session du Conseil municipal de la ville de Casablanca. En attentant, cette résolution est opérationnelle dans bien d’autres villes. A commencer par Rabat, où une troupe de théâtre s’est vu refuser l’accès à la Salle Mehdi Benbarka du quartier L’Océan. Il fallait payer avant une somme de 2500 DH.
Résultat : la pièce a tout simplement été annulée. En mal de popularité, à même de générer des recettes, l’activité culturelle risque, comme le précise Nafali, d’être tuée à cause de cette mesure. « La culture est évidemment un secteur non productif au Maroc. Elle a besoin de soutien et d’aide pour continuer d’exister. Mais au lieu de cela, on nous demande de payer des taxes et impôts supplémentaires ». Pour rappel, cette résolution établit la fourchette des redevances et taxes dont doit bénéficier la Trésorerie de la commune de Casablanca.
Toutes les activités ou presque sont concernées. A commencer par celles liées aux arts et à la culture. L’utilisation des musées en tant qu’espaces d’exposition de produits artistiques ou de peinture coûtera aux artistes 300 Dh par jour. Pour les théâtres communaux, la taxe d’utilisation s’élève à 5000Dh par jour.
La résolution fixe également des taxes pour tout type d’exploitation des complexes culturels de la commune. Pour organiser une manifestation dans la salle réservée au théâtre et au cinéma, il faudra débourser 2000 Dh par jour. Les pièces de théâtre, les projections de films et tout autre spectacle payant, sont soumis à une taxe en plus qui est de 15% sur le prix du billet.
L’exploitation d’une salle d’exposition d’un complexe culturel est soumise, quant à elle, à une taxe de 2000 Dh pour la durée d’une semaine et de 3000 Dh pour deux semaines.
Des mesures qui n’ont pas été sans susciter la colère des associations habituées à avoir un accès presque gratuit à ces établissements. La Coalition marocaine de la diversité culturelle réunissant les syndicats et organismes marocains opérant dans ce domaine n’a pas tardé à s’exprimer contre cette mesure.
Et de la qualifier de grave atteinte à l’activité culturelle compromettant le droit d’accès aux établissements publics de la commune pour la société civile.
Maintenant, il reste à savoir si la suspension annoncée est définitive, ou s’il ne s’agit que d’un round dans un conflit qui risque de durer.

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