Hassan Khattab : La grande rafle

Apprenant l’arrestation de Hassan Khattab, fin juillet 2006, Yassine Ouardini et plusieurs autres membres du groupe essaieront de rallier l’Algérie avant d’être arrêtés à leur tour. C’est le début d’un coup de filet qui n’en finit pas. Le noyau dur de «Jamaât Ansar Al Mahdi» constitué de cinq militaires, trois gendarmes et un officier de la DGST (Direction générale de la surveillance du territoire) viendront compléter la liste des arrestations.
Cerise sur le gâteau, quatre femmes sont également arrêtées pour les besoins de l’enquête et pour savoir si elles avaient contribué, d’une manière ou d’une autre, au financement des plans du groupe. Les maris de deux d’entre elles, pilotes de ligne à la RAM, sont entendus puis mis en «congé administratif» en attendant l’issue de l’enquête.
Les investigations de la police parviendront à retracer l’ensemble des cibles que devait viser ce groupe : les bases aériennes de Salé et Kénitra, des personnalités civiles et militaires lors d’une cérémonie dans cette dernière ville, des établissements touristiques à Marrakech et des politiques et responsables gouvernementaux, de l’USFP notamment. De toutes les manières, le ministère de l’Intérieur avait déclaré que le groupe était à un stade avancé de préparation et que les dégâts allaient être plus dévastateurs que ceux occasionnés par les attentats du 16 mai 2003.
L’instruction détaillée, prévue le 13 septembre dernier, n’a pas encore commencé à cause des obligations à l’étranger des juges d’instruction compétents. Programmée pour bientôt, cette instruction pourrait encore lever (davantage) le voile sur les réels desseins de «Jamaât Ansar Al Mahdi».
En attendant, l’opinion nationale, et internationale, a eu droit à une petite «répétition» de ce que va être le procès de Hassan Khattab et ses amis. Dans des déclarations à la presse, deux avocats de la défense, Abdelfettah Zahrach et Toufik Moussaïf Benhammou, ont affirmé que toute cette affaire avait été «montée de toutes pièces» pour, entre autres, détourner l’attention sur ce qui se passait, à l’époque, au Liban.
Convoqués par le Parquet, les deux avocats tarderont à s’expliquer sur leurs déclarations. Finalement, ils avaient été interrogés (une première dans les annales du barreau de Rabat) par la police judiciaire qui a transmis son rapport au Procureur général. Le Parquet de la capitale a finalement décidé de déférer les deux avocats concernés devant le conseil disciplinaire du barreau pour violation du secret de l’instruction.
En attendant, c’est encore la chambre criminelle près la Cour d’appel de Rabat qui promet un de ces procès qui resteront dans les annales de la justice marocaine et notamment en matière de terrorisme : jamais un groupe terroriste n’a été aussi étoffé depuis le 16 mai 2003. Jamais, on ne verra un tel nombre d’éléments des divers services de sécurité et de l’armée comme on en verra en compagnie de l’émir Hassan Khattab. Ce sera aussi l’occasion de revoir l’un de ses mémorables duels entre le Parquet et la défense (la crème, ou presque, du barreau de Rabat) à propos des fameuses cascades de vices de forme, tel qui aurait vu sa détention provisoire prolongée de manière « illégale » ou tel autre qui pourrait affirmer qu’il a été « séquestré par des gens en civil »… Il sera toutefois difficile d’expliquer, pour un Yassine Ouardini par exemple, les dégâts toujours visibles dans les périmètres repérés par la police scientifique dans la forêt de la Maâmora.
Des mécontents, voire des furieux, Hassan Khattab en a fait dans toutes les prisons du Maroc parmi les détenus salafistes. Ces derniers avaient présenté des demandes de grâce et attendaient impatiemment les 20 et 21 août dernier dans l’espoir d’une remise de peine, voire une libération comme en ont bénéficié plus de 400 de leurs «frères» sur les trois dernières années. Ils se disent «compréhensifs» et doivent maudire, en leur for intérieur, Khattab et Co.

loading...
loading...

Articles similaires

Laissez un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *