Il était une fois «L’Mirikane»

Il était une fois «L’Mirikane»

On croit savoir qu’il est né vers la fins des années 1910. Il est décédé en 1951. Encore jeune. Mais il nous aura, entre temps, laissé un véritable patrimoine musical dont tout Marocain ne peut être que fier. Houcine Slaoui était et restera une des figures les plus emblématiques de la chanson marocaine, tant par la richesse et la diversité de ses influences et, donc, de ses oeuvres, que par son parcours, pour le moins extraordinaire. Lui qui était voué à une carrière de hlaïki, mais qui n’a pas tardé à se transformer en une véritable star, aussi bien au Maroc que dans tous les pays du Maghreb. Le tout avec d’authentiques créations, une affable fraîcheur et un humour indéfectible. Pour s’en rendre compte, il n’y a qu’à revenir à son oeuvre qui, en somme, pour se résumer en une sorte de satire sociale de bonne teneur. Tout commence quand, en parfait dilétante, il reproduit les tubes du moment et qu’il avait l’habitude d’écouter dans les places publiques, ainsi les classiques égyptiens, très écoutés au Maroc dans les années 1930.
Son succès, il le doit à un des amis français, pianiste à Casablanca qui, émerveillé, l’aide à enregistrer son premier album…en France. Ce sera chose faite, à travers la firme « Pathé Marconi ». Il enregistre une trentaine de chansons et sketchs. Son disque fait le tour des pays du Maghreb. Houcine Slaoui est désormais une célébrité. On est alors à l’époque post-Seconde Guerre mondiale.
Musicalement, Houcine Slaoui cherchait, en véritable hlaïqi qu’il était, à satisfaire tous les goûts. D’où la nature de ses chansons, qui comportent aussi des formes typiques comme aqallal, la percussion des gnawa, la taqtouqa jabaliya, et des rythmes orientaux.
C’est en cela que la chanson de Houcine Slaoui peut être considérée comme une phase médiane entre la chanson populaire folklorique « ahâzîj » et le style élaboré de la chanson dite « moderne ». Un mélange, mais aussi une touche personnelle, d’une rare vivacité et vigueur et une omniprésente dimension sociale. Car Slaoui était aussi le grand témoin d’une époque. Une époque mouvementée où le Marocain était en mutation, conjoncture internationale et contact avec les Occidentaux obligent. Il n’y qu’à écouter les deux célèbres « Hdi Rassek » (faites attention) et « Al Mirikan» (les Américains) pour s’en rendre compte. Dans la première de ces chansons, il brossait avec un humour cinglant l’atmosphère de félonie et de mauvaise foi qui régnait dans certains commerces. Dans la deuxième chanson, probablement écrite et chantée en 1942, il décrivait les faits sociaux qui ont fait suite au débarquement américain sur les plages marocaines ; tout le monde, même les vieilles femmes, s’était mis à la mode du chewing gum, et lançait à qui voulait l’entendre quelques petites phrases en anglais, plutôt des mots du genre « ok », « come on », « bye bye»…
L’Histoire réservait pourtant une fin tragique à l’artiste ; on ne sait pas de quoi il était mort, la légende de martyr, doublée de celle de l’artiste, n’en est que de plus en plus vie.

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