Il fut résistant jusqu’au bout

Il aura tenu jusqu’au bout. A 75 ans, à l’aube de la journée du 11 novembre 2004, Rahman Abdel Raouf Arafat El Qoudwa El Husseini, alias Yasser Arafat, de son nom de guerre, Abou Ammar quitte le monde au bout de deux longues semaines d’agonie. Il y a trente ans, la communauté internationale le découvrait à la tribune de l’ONU, lors d’un discours historique tenant à la main son rameau d’olivier.
Ce n’était qu’un épisode dans la vie de celui qui, quarante ans durant, aura porté la cause légitime de son peuple sur ses épaules, comme il porte sur sa tête, le keffieh, cette traditionnelle coiffure bédouine qui a aujourd’hui valeur de symbole. La vie d’Arafat fut un combat, un long combat de tout un peuple. Avec naturellement des hauts et des bas. Le mouvement qu’il fonda au Koweït en 1959, le Fatah (Conquête), gagna rapidement en popularité et déclencha la lutte armée contre Israël en janvier 1965. Le premier revers interviendra dans ce qui fut appelé le «septembre noir», en 1970 quand, menacé par les Palestiniens, organisés en un véritable Etat dans l’Etat, le roi Hussein de Jordanie fait massacrer les Fedayins. Le mouvement s’installa au Liban jusqu’en 1982 quand, devant la poussée de l’armée israélienne, 15 000 fedayins sont obligés de se disperser dans les quatre coins du monde. Ce n’était que partie remise. Arafat s’établit à Tunis et proclame le 15 novembre 1988, l’établissement de l’Etat de Palestine reconnaissant à Israël le droit à l’existence. Arafat rejette aussi au terrorisme à cette date, soit cinq ans avant les accords d’Oslo. Un geste de courage que ses nombreux adversaires ont du mal à admettre aujourd’hui au nom d’une propagande voulant l’assimiler à un terroriste. La poignée de main historique à Washington, le 13 septembre 1993, entre Arafat et Rabin, ouvrait la voie à une nouvelle ère, à un processus de paix par étapes. Arafat peut enfin revenir à Gaza. L’accueil, le premier juillet 1994, fut triomphal. Sur le plan politique, le prix Nobel de la Paix vient couronner un long parcours. Sur le plan personnel, Souha Tawil donne au couple marié récemment une fille prénommée Zahwa. Tout semblait mener enfin vers cet Etat Palestinien jusqu’au coup d’arrêt de juillet 2000 et à l’impasse du Camp David. Les concessions exorbitantes que voulaient obtenir Israël sont responsables de l’échec, dira Arafat.
Déjà en lambeaux, le processus de paix vole aux éclats le 28 septembre, suite à la visite contre-versée d’Ariel Sharon alors opposant, sur l’Esplanade des mosquées : c’est la deuxième Intifada. Dès sa nomination, Ariel Sharon qui avait en tant que général croisé Arafat sur sa route, décide de le confiner dans son QG de Ramallah, après une série d’attentats-suicides. S’ensuivent des manoeuvres d’intimidations (une partie de la Mouqataa est détruite en mars 2002). Mais sans entamer le moral de Yasser Arafat. Il ne quittera son QG que le 29 octobre 2004, malade, vieilli, épuisé par le jeûne, pour un voyage sans retour. Image symbolique, avant de prendre place dans l’hélicoptère jordanien, Abou Ammar a encore la force de franchir à pieds les derniers mètres qui le séparent de l’avion, de parler à son état major et de sourire à la foule de nombreux Palestiniens venus lui faire ses adieux. Il est peut-être aujourd’hui un fait qu’un système de corruption s’est développé dans l’entourage du «raïs. Mais de l’homme au keffieh, on ne connaît ni usines ni entrepôts. Il meurt en guerrier qui a épousé une cause. Tel un «Che», mais un «Che» mûr qui a redonné l’espoir à tout un peuple, chassé de son sol en 1948. Là où Ariel Sharon aura échoué durant le siège de Beyrouth en 1982, là où tous les stratèges du Mossad ont échoué à plusieurs reprises, une maladie d’origine encore inconnue y est parvenue.

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