Jacques Brel ne nous quitte pas

Jacques Brel est né en Belgique, dans la banlieue de Bruxelles, à Schaerbeek, en 1928. Issu d’un milieu bourgeois, son père est un industriel qui dirige une usine d’emballage. Jacques travaille dans l’usine paternelle, fait son service militaire et épouse Thérèse Michielsen, dites «Miche». Jacques Brel est attiré par la chanson et compose. Dans ses textes, la liberté de ton et la violence des sentiments commencent à faire surface et sa famille voit cette carrière possible d’un très mauvais œil. Jacques Brel se produit pourtant dans quelques cabarets bruxellois. Jacques Canetti, responsable artistique chez Philips, le remarque et le fait venir à Paris. Il monte aussitôt à la capitale et connaît quelques galères, se produisant toutefois dans des cabarets réputés comme les Trois Baudets.
Son style surprend et le public le boude. Il passe tout de même à l’Olympia, là aussi un semi-échec. A la même époque, il rencontre Georges Pasquier, Jojo, qui devient son collaborateur et son ami intime. Jacques Brel enregistre enfin son premier 33 tours chez Philips et fait deux autres rencontres déterminantes, celle de François Rauber, un pianiste classique qui devient son accompagnateur et avec qui il travaillera beaucoup en studio et celle de Gérard Jouannest, un pianiste lui aussi, avec qui il se produira sur scène pendant des années. Gérard Jouannest collabore à l’écriture de ses titres les plus fameux et saura servir les textes de Jacques par la simplicité et l’efficacité de ses mélodies, tandis que Rauber améliore les arrangements et les orchestrations des titres. A eux trois, ils forgent l’originalité du répertoire du «Grand Jacques».
En 1957, Jacques Brel sort un autre 33 tours, «Quand on n’a que l’amour». Cette fois, le disque est un succès et se voit récompensé du Grand Prix de l’Académie du Disque Charles Cros. La sensibilité à fleur de peau du chanteur, la puissance poétique de ses textes, entre douceur et violence contenue, entre férocité et tendresse, est une vraie révolution pour la scène française de l’époque. Il passe à nouveau à l’Olympia, cette fois plébiscité par le public. Jacques Brel enchaîne autant de tournées que de succès. En 1959, l’album «La valse à mille temps» est immédiatement considérée comme un classique et il entre dans la légende des grands du music-hall.
L’artiste ne ménage pas sa peine et donne des centaines de tours de chant, parfois plusieurs par jour. Sa vie est un tourbillon qui ne lui laisse pas une minute de repos. Il tourne dans toute la France et dans le monde entier. Il vit une vie «d’homme», libre de toute attache, avide de rencontres et d’expériences, nocturne, passionné. En 1961, il se produit à l’Olympia, accompagné de Jean Corti à l’accordéon pour ce qui restera l’un des concerts les plus célèbres de sa carrière. Comme l’Olympia lui porte chance, il y chante à nouveau en 1963, en 1964 et 1966, date à laquelle il se décide à arrêter la chanson. Ses adieux sont un triomphe et les plus grands viennent l’applaudir. Jacques Brel parlait depuis plusieurs années d’arrêter les tours de chant.
Il n’arrête pas pour autant toute activité artistique. Il décide de monter un spectacle inspiré de l’histoire de Don Quichotte. Ce sera «L’Homme de la Mancha». Brel donne toute sa dimension à cet homme triste, prêt à mourir pour une idée, à se brûler d’amour jusqu’à son dernier souffle. Sancho Pansa devait être interprété par son ami de toujours, le comique et chanteur d’opérette Dario Moreno mais celui-ci meurt quelques jours avant la première représentation.
«L’Homme de la Mancha» est pourtant joué et Brel transcende littéralement son personnage. Il s’arrête, épuisé, au bout de 150 représentations.En 1969, année de la mythique rencontre radiophonique entre Jacques Brel, Georges Brassens et Léo Ferré, Brel entame une carrière cinématographique. Il tourne pour les plus grands réalisateurs dans des rôles qui font date, particulièrement «Mon oncle Benjamin», «L’emmerdeur» d’Edouard Molinaro et «L’aventure c’est l’aventure» de Claude Lelouch. En 1975, il part vivre ses derniers instants dans un pays de liberté et d’espace. Les Marquises, qui ont servi de décor aux toiles de Gauguin, l’attirent irrésistiblement et il part s’y installer Deux ans plus tard, l’envie lui reprend d’enregistrer un disque. Il s’intitulera «Les Marquises» et plusieurs de ses plus belles chansons y figurent : «Orly», «Le Bon Dieu», «Les Marquises », «La ville s’endormait», «Voir un ami pleurer». Brel refuse que l’on fasse la promotion de son album mais ce n’est pas nécessaire, la sortie du disque est un événement. Jacques Brel repart aussitôt à la réalisation de l’album achevé, mais il ne profitera pas longtemps des Marquises. Le cancer a fait son œuvre et il meurt en 1978. Il repose sur l’île d’Hiva-Oa, près de la tombe de Gauguin. Là, pour toujours, son âme peut chanter…

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