Kader Friha : Le plagiat discrédite l’artiste et banalise la créativité

Kader Friha : Le plagiat discrédite l’artiste et banalise la créativité

ALM : Alors que tous les chanteurs de l’Oriental optent soit pour des chansons en arabe ou en amazigh, vous avez choisi  de chanter en  français. Pourquoi ?
Kader Friha : La langue est un  outil de communication. Elle est surtout support de sentiments et d’émotion. Le plus important pour un chanteur  est de savoir choisir l’outil qui lui permet de parfaire sa «communion» avec les autres. Certes, le français est une langue qui nous vient d’ailleurs. C’est celle du colonisateur mais elle est aussi un outil qui a permis à des millions de Marocains de réussir carrières et études. Je ne me suis jamais demandé sur les raisons de ce choix car le plus important dans l’art est de plaire, de chanter juste, d’interpréter avec ardeur et émotion pour pouvoir égayer un public qui a besoin d’évasion et de défoulement. 
Certains diront que c’est à cause de ma formation en français, d’autres évoqueront mes penchants pour la poésie de Rimbaud alors que peut-être ce sont des précurseurs comme Vigon et Malek qui m’ont encouragé à tenter l’expérience en langue
étrangère.

Ne pensez-vous pas qu’il s’agit d’une combine pour se faire distinguer et percer dans une singularité qui s’avère hasardeuse ?
La musique est un phénomène qui émane  du fond de nous-mêmes, quelque chose de beau et d’émouvant, touchant et ensorcelant d’où la part de l’incontrôlable et le furtif. Chanter, c’est avant tout se laisser emporter par des mélodies et des thématiques qui  sont certes préparées à l’avance mais qui vous imposent leurs cheminements naturels. Chanter en français, c’est s’ouvrir sur de nouveaux horizons sans pour autant s’acculturé. En somme, je n’ai rien perdu de mes spécificités du moment que les thématiques évoquées concernent en premier lieu les jeunes de mon pays.

Pouvez-vous citer quelques exemples qui prouvent ce que vous avancez.
Des titres comme « Jaqueline » (réalisé en duo avec Cheb Rwiched) ne doivent pas tromper car c’est la beauté d’une femme aux traits marocains qui est mise en exergue. Chanter fort, danser sans remord ne sont pas étranges à notre culture locale. Il suffit de voir la danse et le chant du «saff» pour s’en persuader Au-delà des archétypes qui limitent l’entente, la musique est un outil d’ouverture et de partage. Démontrer qu’on est tous sensibles à un appel d’amour ou de fierté, permet au chanteur d’osciller entre ce qui est local et ce qui est universel. De son côté la chanson «Je suis ce que je suis» est un hymne à la différence du moment que l’objectif est de marquer sa spécificité. Avec des mélodies orientales bien arrangées par Mohamed Bouchenak et des paroles écrites avec la sensibilité de deux grands paroliers de l’Oriental : Belaid Abou Youssef et Fatima Zohra Jaâfar. 
Sur le plan proprement musical, on constate que vous avez opté pour un répertoire qui conjugue le  traditionnel local et la variété internationale.
Pour toucher un plus grand public, il faut varier ses rythmes et ses arrangements. Ce n’est pas facile de percer si on se limite à imiter les autres. Le plagiat discrédite l’artiste et banalise la créativité. Le cas contraire est aussi accablant. Se contenter d’une seule source musicale est un handicap. D’où la nécessité de varier ses choix de mixer des romances et des mélodies qui émanent de différents horizons. Opter pour des instruments modernes pour glorifier le folklore  de Figuig à l’instar de ce que j’ai réalisé dans le tube «Hommes» m’a permis d’être plus performant. La transe «hadra» est aussi manifeste à certains moments et c’est avec ces références culturelles et spirituelles que j’essaie de me démarquer.
Le recours à l’instrument du «Qallal» et aux «youyous» n’est pas gratuit dans la chanson «Je viens de l’Oriental». Il fallait baliser mon terrain de prédiction pour éviter les amalgames.
Les morceaux en slow me permettent de glorifier le verbe, le vers et le poème. Lorsque les paroles sont conséquentes en significations et en messages, la musique ne peut  qu’accompagner pour faciliter la fluidité des mots.

«Je viens de l’Oriental » est un CD à thématique multiple à tel point qu’on vous reproche de vouloir tout dire dans ce premier tube.
Déjà les poèmes sur lesquels je travaille sèment à tous les vents et si on leur ajoute la diversité musicale, on comprendra qu’il m’était difficile de limiter les impulsions humaines évoquées par le plaisir  de plier la nature à nos convictions artistiques, le chant des hommes qui nous emporte ailleurs sur les ailes du bonheur, les idéaux qui animent notre âme et ravivent nos espoirs. Pourquoi s’en priver, si d’autres l’ont fait.

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