Khattab : La constitution d’«Ansar Al Mahdi» (4)

Au moment où Hassan Khattab purgeait les derniers mois de sa peine de prison, les cinq militaires de la première base aérienne de Salé s’étaient déjà acoquinés avec deux imams de cette même ville pour constituer une cellule terroriste ; la même dont trois membres allaient essayer un coup de force contre une agence de «Western Union», le 31 octobre 2005. Des divergences entre les militaires et les deux imams, dont le dénommé Hammadi Khalidi, allaient pousser cette cellule à se chercher un «véritable chef».
Ce dernier ne sera autre que Hassan Khattab qui, en un temps record, avait réussi à reprendre ses activités commerciales et même à obtenir une autorisation du ministère des Affaires islamiques pour l’ouverture d’une école coranique. Hassan Khattab prend alors la tête de «Jamaât Ansar Al Mahdi» (une dénomination à connotation chiite pour faire diversion, note un chercheur) et travaille à doter l’organisation de structures locales : des cellules agissant conjointement à Youssoufiya, Sidi Slimane, Sidi Yahia du Gharb et Casablanca. Il a même planifié la mise en place d’une base arrière pour son mouvement : un camp qui devait être édifié dans des environs difficiles d’accès, de la localité d’Ajdir.
La construction de ce camp allait poser problème puisqu’il y a eu litige à propos de la propriété du lopin de terre. Pour la cellule-mère, il était aussi question d’assurer le financement de ses opérations. Avec l’aide de Yassine Ouardini, émir militaire national, la cellule réussira à falsifier des billets de banque et à en écouler plusieurs dizaines de milliers. Mais ce n’était pas assez. Il fallait trouver des moyens plus sûrs et plus pérennes. C’est là qu’entrent en jeu «Oum Saâd» et la section féminine voilée de Casablanca. La première, de son vrai nom Fatima Zohra Rehioui, est séduite par les prêches d’Abou Oussama. Lors de plusieurs autres rencontres, «Oum Saâd» et ses trois amies ont droit à d’autres prêches, mais aussi aux détails des opérations planifiées par «Ansar Al Mahdi». Et cela rapporte pour le groupe. A elle seule, «Oum Saâd» fournira un montant global de 150.000 dirhams en plusieurs versements.
Entre-temps, Yassine Ouardini préparait les explosifs nécessaires aux plans du groupe avec le concours de Toufik Oukeddi (un autre militaire). Selon les premiers éléments de l’enquête, il s’agissait d’explosifs identiques à ceux utilisés lors des attentats du 16 mai 2003 ( essentiellement de la TATP, Tri-acétone tri-peroxyde), mais en plus grande quantité. L’autre nouveauté concerne le système de mise à feu qui se base sur des téléphones portables «bricolés» et reliés à des canettes de boissons gazeuses emplies de matières explosives et ressoudées par les soins de Ouardini, soit le même système de mise à feu utilisé pour perpétrer les attentats du 11 mars 2004 à Madrid. Le tout est testé, selon les conclusions de l’enquête, dans les environs de Salé et plus exactement dans la forêt de la Maâmora et aux environs de la prison de Salé et de Dar Assikah.
Yassine Ouardini a effectué un total de sept essais qui vont s’avérer concluants comme l’attestent les constats et analyses effectués par la police scientifique qui a eu l’occasion de déployer, en répétition grandeur nature, le nouveau mode de reconstitution des scènes de crimes. Selon les enquêteurs, Yassine Ouardini a effectué le dernier test d’explosifs vers la fin de la première semaine de juin 2006. Une série de perquisitions a été opérée par plusieurs services de sécurité en parallèle avec les arrestations.  Sitôt tombé entre les mains des forces de l’ordre, ce dernier s’est mis à table et déballé tout ce qu’il savait. Ce qui a permis à la police d’entamer, en ce début du mois d’août 2006, sa «grande rafle».

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