Kurdjan : “sapho est imprévisible”

Kurdjan : “sapho est imprévisible”

ALM : Quel bilan faites-vous de l’édition 2004 du Festival des musiques sacrées de Fès, qui a fêté cette année son dixième anniversaire ?
Gérard Kurdjan : Je suis extrêmement satisfait de l’édition de cette année. Que ce soit sur le plan de la quasi-totalité du programme ou sur le plan de la fréquentation du public ; je crois qu’il y a lieu de tirer une fierté particulière de cette année. Nous avons assisté à des spectacles à guichets fermés. D’autres étaient archi-pleins. Concernant la présence de la presse internationale, cette année a été un record : quelque 300 représentants des organes internationaux les plus en vue. Les différents concerts prévus dans la cadre du festival ont été d’une grande qualité et ont vu l’affluence d’un public nombreux et qui en est sorti heureux. Cette année a également été marquée par de grands moments, notamment avec les moines du Tibet le qawali du Pakistan, Youssou N’dour, Sabah Fakhri.
S’agissant du choix des artistes invités, quels sont les critères majeurs préalables à leur sélection et leur participation au festival ?
Ce sont les mêmes critères qui sont en vigueur depuis la toute première édition du Festival des musiques sacrées. Je les résumerais au nombre de trois. Le premier n’est autre que la très grande qualité artistique et musicale de l’artiste invité. Le deuxième est que l’artiste ou le groupe en question soit relié à une tradition musicale et spirituelle authentique et bien ancrée dans la société à laquelle cet artiste ou ce groupe appartient. Le troisième critère est l’équilibre entre les différentes tendances et traditions représentées, dans le cadre d’un programme harmonieux. On ne va pas prendre des artistes de la même tradition même s’ils sont tous excellents.
Une remarque s’impose cependant : plusieurs artistes viennent régulièrement participer au Festival des musiques sacrées, au risque de susciter une impression de déjà vu chez le public. Qu’en pensez-vous ?
Ce n’est pas tout à fait vrai, dans la mesure où les artistes qui sont le plus fréquemment rendus à Fès ne l’ont pas fait plus de trois fois, sur dix ans de vie du festival. D’autant plus qu’il s’agit d’artistes, de la veine de Sabah Fakhri et de Soeur Marie Keirouz, d’un très haut niveau et qui suscitent l’engouement du public. Des artistes qui, par ailleurs, ne viennent pas souvent au Maroc, alors que sous d’autres cieux, ils se produisent dans plusieurs villes et régions d’un même pays, dans le cadre de festivals qui les invitent pratiquement chaque année. En réalité, ce n’est pas un problème d’écouter un artiste chaque année ou tous les deux ans s’il présente un programme différent. Et puis, c’est une fréquence qui nous permet d’être toujours en éveil pour apprécier l’artiste en question et son évolution.
L’édition de cette année a également été marquée par un «dérapage incontrôlé» dont l’auteur était la chanteuse Sapho. Peut-on parler d’une erreur de casting dans ce cas ?
Vous savez, il y a des artistes qui sont un peu imprévisibles. C’est le cas de Sapho. Déjà qu’elle ne fait pas partie du répertoire du sacré. Mais l’idée était de l’inviter dans le cadre de son engagement pour la résolution du conflit au proche-oriental et l’établissement de ponts entre communautés juive, chrétienne et musulmane, et en sa qualité de messagère de paix, connue aussi bien au Maroc qu’ailleurs pour cet engagement. En plus de cela, son répertoire comprend “Orients”, projet musical qui l’a fait se rencontrer avec l’Orchestre oriental de Nazareth. Ce sont là des paramètres qui semblaient militer pour sa présence. Il est vrai qu’après, il y a eu des choses décalées émanant de sa part par rapport à l’esprit et l’ambiance du festival. Et l’on ne peut jamais contrôler le comportement scénique de quelqu’un. Ce sont des choses qui arrivent et je suis presque tenté de vous dire qu’en dix ans, c’est la seule fois où cela s’est produit.

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