La circoncision à Meknès : un rite sacral célébré dans la tradition

En plus de ses vertus sanitaires et d’hygiène, désormais prouvées médicalement, la circoncision signe le passage solennel du garçon de l’étape de  l’enfance à celle valorisante de l’ "homme". L’acte qui atteste que le jeune sujet est prêt pour la vie d’adulte, témoigne de l’aptitude du garçon à supporter la douleur et signe son appartenance à une communauté qui le fait distinguer des enfants d’autres nations, non musulmans.  

Si la célébration de cet événement reste, dans ses grandes lignes, plus au moins identique dans les différentes régions du Royaume, certaines traditions locales inspirées et générées par des pratiques ancestrales enrichissent le rituel de l’excision et lui confèrent un cachet distinctif par rapport à d’autres localités.  

 
À l’instar des autres régions du Royaume, l’acte "chirurgical" est pratiqué par le "circonciseur", généralement un coiffeur (hajjam) ou un barbier dont le succès des opérations précédentes atteste d’un savoir-faire chirurgical indéniable, a-t-il indiqué à la MAP. Ce chirurgien de circonstance  restera pendant longtemps, dans l’esprit de l’enfant, une épouvante incontestable. Il suffit d’en prononcer le nom pour que le petit turbulent redevienne sage.  

Recommandée avant la période des grandes chaleurs, la circoncision intervient généralement au printemps, et se déroule dans la plupart des cas tôt dans la matinée, donnant lieu à une cérémonie de fête à laquelle sont conviés les membres de la famille, les proches et les amis qui assistent à l’opération et prennent le petit déjeuner copieux préparé et offert pour l’occasion.  

Afin de dissimuler les cris de l’enfant, on fait venir un groupe de musiciens "Tabbala et Ghaïata" qui jouent de la Ghaïta et roulent les tambours à l’aide de baguettes incurvées.  

Une fois circoncis, l’enfant est entourée d’une tendresse exceptionnelle et d’une panoplie de jouets et de bonbons. Coté vestimentaire, le jeune homme porte d’habitude un "Tchamir" large, une "Jokha" de mousseline bariolée avec des fils d’or, un "Tarbouch" brodé (genre de fez) et un "Cherbil" ou "Balgha" (babouches).  

Tous ces effets vestimentaires traditionnels, dont le "Seroual" (Pantalon), sont confectionnés d’avance et doivent être très larges afin de permettre à l’enfant de se déplacer avec une certaine aisance sans être gêné par l’étroitesse du tissu.  

Le cérémonial de la circoncision donne lieu, par ailleurs, à des actes de bienfaisance et de solidarité qui profitent généralement aux familles démunies.  

Des familles aisées tiennent, en effet, à prendre en charge, à l’occasion de la circoncision de leurs garçons, celle d’enfants issus de milieux défavorisés, et ce afin de couvrir de "baraka" l’opération et de mettre en application les idéaux de solidarité et d’entraide ancrés dans les traditions de la société marocaine.  

Le volet festif de la circoncision donne lieu à une cérémonie riche en rythmes et traditions, comme le souligne Mme Atika Toughza, "neggafa" de son métier et qui compte dans son répertoire une multitude de cérémonies minutieusement organisées par ses soins dans la cité ismailienne.  

La veille de l’opération, le jeune élu qui porte, à cette occasion, un "burnous" et dont les pommes des mains sont ornées de traces de Henné, effectue  une tournée à cheval dans les alentours de son quartier. La montée à cheval qui  n’est pas tellement une tradition citadine, bien que plusieurs familles le font actuellement, mène généralement le cortège de l’enfant à la Grande Mosquée et au Mausolée Moulay Ismail, lieux saints prisés par les meknassis pour couvrir de "baraka" les actes à entreprendre.  

Pendant l’acte chirurgical de la circoncision, la mère de l’enfant, au milieu des youyous des membres de la famille et des voisines, plonge ses pieds dans une bassine remplie d’eau glacée avec dedans une pièce de métal ou d’or.  

L’acte a pour symbolique d’apaiser la tension et l’inquiétude de la maman.  

L’eau froide permettant de calmer les esprits et le métal symbolisant la force, l’endurance et la résistance qu’il faut réunir pour surmonter la peur et les inquiétudes de la mère du circoncis.  

Le jour même de l’opération, le circoncis est installé délicatement sur la "Mertba" (siège hissé par des coussins) et assiste au déroulement de la cérémonie, dans une atmosphère de réjouissance qui lui fait oublier, momentanément, la douleur de l’excision.  

A signaler que ces traditions qui restent encore aujourd’hui largement suivies par les meknassis, sont de plus en plus contournées, notamment au niveau de l’acte d’excision, par les jeunes couples qui recourent au chirurgien  et au pouvoir hypnotique de l’anesthésie pour la circoncision de leurs enfants.  

Hassan Aourach
MAP 

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