La France lâche ses centres culturels ?

La France lâche ses centres culturels ?

La grogne monte dans les Instituts français du Maroc. L’ensemble du personnel des 9 IF du pays a décidé d’entamer ce vendredi une grève en signe de solidarité avec leurs collègues de Fès et de kénitra. Un tournant dans une affaire qui ne cesse de susciter une polémique dans les milieux culturels. Rappel des faits : l’histoire a commencé il a y presque un mois, lorsqu’une banale rumeur commence à circuler relatant un obscur projet qui vise à transformer l’IF de la ville de Fès en association. Le personnel de l’établissement, comme le reste des IF du pays, en prend connaissance par hasard.
«Tout s’est fait en catimini et personne n’a été informé de ce qui se prépare » confie un employé d’IF. Le silence radio ne dure pas longtemps, puisque quelques jours après, l’information se confirme. Le Service de coopération et d’action culturelle (SCAC) de l’ambassade de France à Rabat (l’un des plus importants au monde) tient une réunion d’information avec les employés des IFS concernées. Car il s’agit bien de deux établissements (IF Kénitra et Fès) qui passeront avant 2005 au statut d’alliance.
Cette mesure implique, outre le changement du statut juridique, la réévaluation des missions et des financements des nouvelles entités. En clair, les nouvelles entités, avec des budgets plus réduits, se désengageront progressivement de l’animation culturelle pour se consacrer en priorité au cours de langues, plus rentables. Rappelons que la France entretient au Maroc 9 Instituts français regroupés parfois en pôles depuis 1996, et subventionne les alliances franco-marocaines d’El Jadida et Essaouira. Le projet, objet de polémiques remonte à 1999. Restrictions budgétaires et changement de politique d’action culturelle externe de la France expliquent en partie la mise en route brutale du projet. Les inquiétudes pèsent surtout sur l’avenir du personnel.
Car, comme l’explique un connaisseur du milieu, «toutes les expériences de passages vers la statut d’alliance ont été accompagnées par une réduction de personnel. Ces entités n’ont pas en effet les reins assez solides pour tourner avec un personnel aussi important que celui des IF». Si pour le moment, le projet ne concerne que deux établissement, dans le milieu, on ne se fait pas d’illusion quant à la généralisation du concept vers tous les IF en place. De sources internes, on explique que «ce projet traduit tout simplement le processus du désengagement de l’Etat français de l’action culturelle externe. Partout dans le monde, des établissements ferment ou changent de statut».
La grève de ce vendredi est aussi un signal de mécontentement du personnel de la manière dont ce projet est mené, et « une invitation à plus de transparence de la part des officiels français dans la gestion de ce dossier», confie un responsable d’IF. Reste que le grand perdant dans cette histoire est bien la dynamique culturelle locale des villes concernées. Face au vide criarde en matière de l’animation culturelle, l’apport des IF est plus que salutaire. Leur départ creuse davantage le vide. Dommage.

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