L’affaire Matoub (fin)

Matoub était amère en se sachant sous la menace de gens qu’il avait déjà rencontrés une fois ; d’un autre côté la sortie imminente de son album qui avait bénéficié d’une large publicité n’arrangeait pas les choses, surtout qu’il tournait au ridicule certains dirigeants du RCD favorables à Zeroual. Presque au même moment à Alger, une intervention troublante de la part d’Aït Hammouda auprès de certaines connaissances a fait capoté l’obtention d’un visa pour madame Matoub qui lui aurait permis de rejoindre son mari en France, et la question reste posée à Ait Hammouda sur les vrais motifs de cette intervention soutenue de très près par le général Mohamed Touati. À Paris Matoub a été mis sous surveillance, par une équipe jour et nuit, et malgré les difficultés et les risques d’une telle opération à l’étranger, le général Toufik n’a pas hésité à employer tous les moyens disponibles pour le suivi de cette affaire. Toufik était informé grâce aux rapports (Bulletin de renseignement Quotidien ou BRQ) envoyés quotidiennement par le colonel Ali.
Le dossier Matoub devenait lourd et coûteux à cause des moyens engagés et c’est le listing de Air Algérie qui a donné la confirmation finale de la date du retour de Matoub à Alger.
Le choix de Matoub était devenu cyniquement naturel. Les stratèges du MDN et des services connaissaient l’importance du crédit de sympathie que Matoub avait auprès des jeunes en Kabylie et même à l’étranger, ils savaient que l’onde de choc qui suivrait sa mort pourrait ébranler très fortement le clan de la présidence, il suffisait juste à ce moment là de souffler sur la braise pour que tout l’édifice constitutionnel s’écroule. Le parcours de Matoub suscite beaucoup d’admiration mais aussi des interrogations parmi ses propres amis qui doutaient de son calvaire (comme il a été décrit dans son livre en 1994). Mais contrairement aux scénaristes, les services algériens, partant d’une fiction, ont écrit une histoire vraie dans laquelle Toufik et Touati avaient distribué des rôles bien précis à tout un chacun ; le but était d’abattre Zeroual et Betchine d’un côté et de donner le coup de grâce aux islamistes de l’autre.
La décision de liquider Matoub a été prise au plus haut niveau de la hiérarchie militaire dans le bureau même du chef des services de la DRS le général Toufik (situé au rez-de-chaussée du bâtiment C, au MDN). Le département d’infiltration et de manipulation de la DRS a rappelé pour la circonstance un officier infiltré dans un groupe armé dans les monts de Sidi Ali Bounab qui répondait au pseudonyme de capitaine Riadh alias «Abou Doudjana».
Pour les islamistes du groupe il se faisait passer pour un déserteur de la gendarmerie, il est devenu grâce à ses connaissances militaires et à son aide, le conseiller « manipulateur » de H.Hattab dans le domaine militaire et le choix des actions et des cibles! Une fois le capitaine Riadh mis au courant de sa nouvelle mission, il est reparti avec le plan et l’ordre de l’exécution du chanteur, mais un imprévu s’est produit lors de la dernière ligne droite: Hassan Hattab ne voulait rien savoir et a refusé d’écouter son conseiller militaire sur la nécessité d’une telle liquidation. Devant l’entêtement de Hattab, Abou Doudjana informe son commandement (selon un procédé de communication pré-établi) que le chef du groupe ne voulait pas céder après de nombreuses discussions. C’est à ce moment-là que la deuxième équipe (plan de secours) a pris le relais deux jours avant le crime.
La gendarmerie locale avait reçu de la part du commandement régional de tutelle l’ordre de stériliser la route qui mène au village de Taourirt Moussa, et un groupe de trois individus membres de l’autodéfense de la région a été surpris en train de faire du repérage, interrogés par les gendarmes les trois individus ont prétendu que leur chef Aït Hamouda leur avait donné l’ordre de faire le trajet pour le sécuriser. Cette rencontre a été citée par les gendarmes dans le rapport quotidien de fin de mission.
Quelques semaines après la mort de Matoub les gendarmes en question ont reçu un avis de mutation, et les trois miliciens sont morts dans une embuscade tendue par le groupe de Abou Doudjana! L’assassinat de Matoub a mis la région en émoi, les premières violences éclatèrent dans la ville de Tizi Ouzou et quelque part à Alger les instigateurs du crime attendaient que leurs agents attisent les flammes, pour passer à l’action. Zeroual qui a compris grâce à son conseiller Betchine la manœuvre de ses adversaires (suite à une fuite organisée par Toufik a demandé au dernier moment un sursis à Toufik et Touati qu’il a obtenu sous conditions.
La famille de Matoub par son sens de la responsabilité a appelé au calme et a demandé aux autorités à ce que justice soit faite, cette initiative a calmé la population malgré la mort tragique d’un jeune manifestant touché par balle par un provocateur proche de Aït Hammouda! Ali Mecili (une autre victime des services algériens) disait que «derrière l’assassinat d’un Kabyle, il y a toujours un Kabyle».
Le sort de Matoub a été scellé dans une villa près d’Alger à la suite d’une rencontre entre des officiers manipulateurs, et certains responsables politiques qui n’ont ni le sens de la fidélité ni celui de l’honneur dont le fils d’un illustre révolutionnaire algérien mais qui ne lui a pas légué le gène de l’honneur, et qui a vendu son âme à un officier traitant contre une situation et un pouvoir éphémère, l’orgueil et la jalousie sont à l’origine de sa compromission.
• Pourquoi des égorgeurs d’enfants ont-ils laissé la vie sauve à madame Matoub ?
• Quelle est la nature exacte de la relation entre Aït Hammouda et la femme de Matoub?
• Matoub avait-il des informations sur la relation trouble de sa femme avec Aït Hammouda?
• Qui a informé Matoub des liens de sa femme avec les services (plusieurs membres de sa famille gravitent autour de la DRS).
•Pourquoi certains journaux proches du RCD ont-ils relié l’intox des services selon laquelle les assassins de Matoub ont été abattus ? alors que la pseudo- enquête en était à ses débuts ?
• Qui a déplacé la voiture de Matoub, et pour quels motifs ?
• Qui a intérêt à détruire la première version du rapport balistique, faite par la gendarmerie et qui a mis à jour les contradictions dans les déclarations de Madame Matoub ?
• Qui a ordonné la mutation des gendarmes chargés de l’enquête ?
• Pourquoi a-t-on assassiné les trois miliciens ? (information donnée par plusieurs quotidiens algériens quelques semaines après la mort de Matoub).
• On laisse le soin à Aït Hammouda de répondre à toutes ces questions.
Un proverbe kabyle dit: «la vérité flotte comme un bouchon de liège»!

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