Le calvaire de la famille Benmoujane

L’histoire (récente) de la famille Benmoujane peut faire l’objet d’un film. Résumons-la en quelques mots : une fille morte sous les bombes en Afghanistan, une autre qui en revient sans son mari, détenu à Guantanamo, un fils qui vient d’être transféré au Maroc et un autre beau-fils, de nationalité saoudienne, extradé chez lui.
Pourtant, rien ne destinait les Benmoujane à vivre une telle situation. Famille sans histoire, elle se trouve sous les feux de la rampe et au centre d’une médiatisation dont elle se serait bien passée. Tout a commencé avec la fin des années 1990 du siècle dernier quand le Saoudien Zouhair Muhammad Thabiti s’entiche de l’aînée des filles Benmoujane, Raja’e. Cette dernière partira d’ailleurs vivre avec son mari à Kandahar dont ils ont préféré les égouts à "fleur de sol" au faste qu’auraient permis Casablanca, Rabat ou Djeddah.
Saïd Boujaâdiya, l’autre beau-fils, choisit de suivre l’exemple du Saoudien et embarque sa famille, en plus de son beau-frère (Mohamed Benmoujane), dans un long et harassant voyage pour rejoindre les Talibans et vivre l’Islam de la Chari’â, des mains coupées et des exécutions publiques, naguère seule "distraction" chez les frères du Mollah Omar. Boujaâdiya et ses accompagnateurs débarquent en Syrie en pleine canicule du mois de juillet 2001 pour rejoindre, via les frontières terrestres, la Turquie, puis l’Iran et l’Afghanistan. A peine sont-ils installés que les Etats-Unis, réagissant aux attentats du 11 septembre 2001, commencent à lâcher leurs tapis de bombes sur le pays des Mollahs soupçonnés d’avoir abrité et entraîné les terroristes.
Les Benmoujane préparent le voyage vers le Pakistan pour fuire les bombardements. Manque de pot : Raja’e est tuée par un missile qui s’abat sur le véhicule qui les transportait. Saïd Boujaâdiya est gravement blessée. Débandade générale.
Bouchra Benmoujane arrive tout de même à quitter l’Afghanistan avec ses trois enfants, mais sans son mari et son frère. Ces derniers disparaissent dans la nature. On n’entendra parler d’eux qu’après les premières "fuites" sur les "combattants ennemis" capturés en Afghanistan après les raids de Tora Bora ou sur la frontière avec le Pakistan.
Saïd Boujaâdiya, qui aurait pu continuer à exercer un honorable commerce au Maroc, croupit toujours dans une cellule à Guantanamo, loin des siens et surtout de ses enfants. 
Plus de traces, par contre, de Zouhair Muhammad Thabiti depuis que ce dernier, qui est membre de la fameuse cellule dormante, a été extradé vers l’Arabie Saoudite.
Mohamed Benmoujane, lui, vient d’être remis aux autorités marocaines et il est déjà poursuivi pour de graves chefs d’accusation ayant trait à la sécurité du pays et au terrorisme.
Pourtant, à en croire l’association "Annassir" (ONG soutenant les détenus islamistes au Maroc en relation avec les dossiers du terrorisme), sa famille reste "confiante" surtout que la justice marocaine avait déjà décidé de poursuivre en liberté provisoire plusieurs personnes transférées de la base cubaine vers le Maroc. A en croire plusieurs témoignages, Mohamed Benmoujane est une autre victime d’un triste "concours de circonstances". A Hay Mohammadi (Casablanca), il apprenait le métier de ferrailleur. Il a tout laissé tomber, à moins de 20 ans, pour accompagner son beau-frère et sa sœur, en Syrie. Pour lui, il n’a jamais été question de voyager en Afghanistan pour quoi que ce soit. D’ailleurs, il n’a pas arrêté, à cette époque-là, de reprocher à son beau-frère de l’avoir "berné"…
Mohamed Benmoujane est le plus jeune des Marocains à avoir séjourné dans la prison américaine installée sur la base cubaine. Il y avait passé cinq ans pour rien, affirme sa famille. Il y a quelques mois, l’administration américaine a levé le secret sur les auditions des détenus de Guantanamo. Mohamed Benmoujane a avoué avoir été en possession d’un fusil d’assaut AK-47 qui lui avait été confié par un inconnu (pour se défendre). Il a affirmé d’ailleurs ne jamais s’en être servi contre qui que ce soit.

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