Le dauphin blanc se retire des rivières

L’industrialisation rapide de la Chine semble avoir provoqué l’extinction du dauphin de rivière (baiji en chinois), une espèce qui existait depuis quelque 20 millions d’années, ont annoncé mercredi des spécialistes chinois et britanniques.
Des experts chinois et leurs homologues venus du Japon, de Grande-Bretagne et des Etats-Unis n’ont pas réussi à apercevoir un seul baiji (dauphin blanc), dans son habitat naturel, le Yangtsé, pendant les six semaines qu’ils ont passées à détecter sa présence dans le fleuve.
Ces résultats signifient que cette espèce «s’est probablement éteinte», a déclaré à l’AFP Wang Ding, de l’Académie des sciences chinoise, qui a dirigé l’expédition de 2006. Ce dauphin de rivière a été victime d’une pollution dévastatrice, de la pêche illégale et du trafic fluvial, a estimé M. Wang. Cependant, M. Wang s’est refusé à parler, d’une manière affirmative, de disparition définitive : «Nous ne disons pas que le baiji a disparu», a-t-il tenu à souligner. Selon lui, de nouvelles recherches menées cette année n’ont pas permis de détecter la moindre trace de ce cétacé.
Les scientifiques ont fait état de la disparition probable de ce mammifère, qui a été observé officiellement pour la dernière fois, il y a plus de deux ans, dans une lettre publiée dans la dernière édition du journal Royal Society Biology Letters, la publication de la société royale de biologie britannique. Une expédition conduite en 1997 n’avait permis de repérer que 13 individus.
Quelque 5.000 dauphins auraient vécu dans les eaux du Yangtsé, il y a moins d’un siècle, selon le site baiji.org, fondé par des associations de différents pays qui se consacrent aux espèces menacées.
«Le déclin de la population des baiji a été causé par une très forte pression humaine sur son habitat, l’eau douce», déplore le site qui met en cause la pêche illégale, et le déversement des déchets de l’industrie et de l’agriculture dans le fleuve. Pour le Britannique Sam Turvey, de la Société de Zoologie de Londres, qui a participé à l’expédition de l’année dernière, la disparition de cette espèce unique est une «tragédie». En effet, le dauphin du Yangtsé était un mammifère exceptionnel «qui s’est séparé des autres espèces, il y a vingt millions d’années», relève cet expert.
«Son extinction correspond à la disparition d’une branche à part entière de l’arbre de l’évolution et nous met en demeure d’assumer notre pleine responsabilité en tant que gardiens de la planète», a-t-il ajouté.
Pour l’organisation de défense de l’environnement WWF (Fons mondial pour la nature), la présence des dauphins de rivière est en outre un indicateur de la qualité sanitaire de l’eau pour les populations habitant sur les rives du fleuve.
«Le taux élevé de polluants toxiques s’accumulant dans le corps (des dauphins de rivière) constitue une alerte pour ce qui concerne la mauvaise qualité de l’eau. C’est un problème à la fois pour les dauphins et les populations riveraines», a estimé Jamie Pittock, chef du programme eau douce de WWF.

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