Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (2)

Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (2)

Moutachawiq rôde dans les quartiers des quatre villes en quête d’une proie facile. Non pas pour abuser d’elle, mais pour lui subtiliser tout ce qu’elle porte de précieux sur elle. Ses victimes se comptent par dizaines. Et il réussit à chaque fois, même au pire des moments, de fondre comme neige au soleil.
Le 11 décembre 1972. Mustapha est à Meknès. À Hamriya, il croise Rajae Lahssayni, une jeune adolescente âgée de quatorze ans. Il s’approche d’elle, lui caresse les cheveux comme un père et parvient à gagner sa confiance. Tout d’un coup, il enlève son masque d’homme sage et montre son véritable visage. Il tient Rajae par la main, la menace de meurtre si elle demande secours et s’apprête à lui subtiliser deux bracelets en or. C’est le moment où son père le surprend. Ce dernier intervient à la dernière minute pour la sauver. Le feu dans les yeux, Moutachawiq brandit un couteau qui brille, le blesse à la poitrine. Rajae lance un cri strident. Le badaud s’attroupe. Trop tard. Moutachawiq s’éclipse comme un fantôme. 48 heures plus tard, Moutachawiq surgit à Fès. Vers 14 h 30, il traîne ses pas dans l’une des ruelles quand il remarque un enfant sur un boulevard. L’enfant porte un grand sac. Moutachawiq le suit sans que l’enfant ne s’en rende compte. Il le touche au dos faisant semblant de vouloir se renseigner sur quelque chose :
– «Salut, mon petit.
– «Salut.
– «Je cherche la rue des Mérinides».
Moutachawiq ne cherche qu’à gagner la confiance de l’enfant, Anas âgé de quinze ans. Celui-ci se tait. Mustapha le provoque pour causer. En vain. Moutachawiq se colle à lui. Et en un clin d’œil, Anas se retrouve avec un couteau sous l’aisselle droite.
– «Ne crie pas, garde ton calme. Sinon, je te tue».
Ayant la peur au ventre, Anas se plante sur place, ne sait à quel saint se vouer et garde le silence. Moutachawiq lui arrache le sac et déguerpit. L’enfant perd connaissance. Les curieux s’assemblent. La police a été alertée. Moutachawiq regagne Meknès, se rend à Kobat Souk, s’adresse à un bijoutier, lui présente les trente-six ceintures dorées qu’il avait subtilisées à l’enfant Anas.
– « Ces ceintures sont volées à un enfant à Fès», le martèle le bijoutier qui tente de l’arrêter. Prompt, Moutachawiq le poignarde et prend ses jambes à son cou. Instable, Moutachawiq n’a pas d’adresse fixe. Il ne peut pas passer plus de deux mois à la même chambre et au même domicile. Il déménage à chaque fois. La traque policière oblige. En plus, les voisins ne doivent rien remarquer.  D’ailleurs, Moutachawiq ne conduit chez lui ni femme, ni fille de joie. Il partage de temps en temps sont lit non pas avec des femmes, mais avec des hommes. Bref, il est gay.  Début 1973. Moutachawiq entretient une relation avec Mohamed Lamrani, un jeune taulard, recherché par la police. Tous les deux louent une chambre à Derb Bouâlam. Hassan Ben Îssa, également homo, les rejoint de temps en temps. Ils passent des fêtes de nuit, une orgie de trois homos, avec du vin rouge et du kif. La nuit du 11 au 12 février 1973. Les trois homos se plongent dans le gouffre de leur propre monde. Soudain, Hassan Ben Îssa remarque des bracelets tout en or, dissimulés dans un coin de la chambre.
– «A qui appartiennent ces bracelets en or ? », se pose-t-il la question.
Hassan est un homo, mais non pas un agresseur. Il évite d’être mouillé dans la moindre affaire louche.
– «Qui t’a donné ces bracelets de fillettes ? », interroge directement Moutachawiq. Pas de réponse.
Il arrête de boire et de s’amouracher avec Mustapha, s’habille et s’apprête à sortir. Malheureusement, il ne quittera pas la chambre. Pourquoi ? Mustapha Moutachawiq le tue. Il le poignarde rapidement. Son ami, Lamrani, reste perplexe. Leur tapage réveille leur voisin, Mohamed Ben Driss, qui occupe une chambre au premier étage. Dégringolant les marches quatre à quatre, celui-ci frappe à la porte de la chambre. Mustapha ouvre.
– «Qu’est ce qu’il y a ?
– «Non, non, rien… ».
Moutachawiq sort, met sa main sur l’épaule de Mohamed Ben Driss et lui dit : 
– «Rejoins-nous pour boire un verre. Mais, viens pour acheter du vin chez le Guerrab situé à l’autre rue».
Une fois tourné à gauche de la ruelle, Moutachawiq n’épargne pas Mohamed Ben Driss. Il le poignarde mortellement. Le voilà avec deux morts en une nuit.


 (Demain : Moutachawiq dispose d’un revolver et attaque deux bijouteries).

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