Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (4)

Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (4)

Les investigations policières commencent. Malheureusement, elles ne mènent à rien. Personne n’est arrêté. Mais, Mustapha Moutachawiq est identifié comme l’auteur des deux meurtres à Meknès et de l’attaque des deux bijouteries à Fès. Bref, il devient l’ennemi n° 1 dans les deux villes. Doit-il y rester ? En fait, il n’a plus rien à y faire. Tous les yeux des policiers et des indics le guettent. Que doit-il faire? Les quitter ? Oui. Moutachawiq monte dans l’autocar allant à Casablanca. Il n’adresse la parole à personne. Une fois arrivé, il se rend chez sa sœur, Zahra, demeurant à Sidi Messaoud. Il ne sort que la nuit. Toute  la journée il reste enfermé dans la maison. Jusqu’à quand? Il ne se pose pas la question, mais il pense qu’il ne s’agit que d’un repos provisoire. La réalité le confirme, quelques semaines plus tard, il reprend ses agressions contre les enfants, surtout les fillettes. Sans user de son arme à feu, il dérobe leurs bijoux. Dès le début de son parcours, il opère seul, sans complice. Mais, depuis mai 1973, il aura un  acolyte. Qui et comment l’a-t-il rencontré? 
Mustapha Moutachawiq se repose dans un coin à Sidi Messaoud. Soudain, ses regards croisent ceux d’un jeune homme. Celui-ci s’arrête, le fixe comme s’il le connaissait.
– «Qu’est-ce qu’il y a ? Tu ne m’as jamais vu ?, lui demande Moutachawiq».
– «Je crois que je t’ai déjà vu quelque part. Où ? je ne me rappelle plus».
– «Peut-être. Viens t’asseoir à côté de moi».
-« Je m’appelle Mustapha Moutachawiq».
– « Et moi Bouchaïb Zinani».
Bouchaïb Zinani est né à Médiouna en 1951, célibataire, sans profession et demeure au douar Ziani, Ouled Haddou. Il répond à l’invitation de Moutachawiq, s’assoit à côté de lui et reçoit son premier verre de vin rouge. La conversation s’engage. Il semble que Bouchaïb Zinani est également homo. Leur nuit finit sur le même lit. Le matin, ils se réveillent, reprennent leur conversation et s’engagent à partager tant le bien que le mal. La preuve ?
Lundi 23 octobre 1973. Mustapha se réveille vers 10 h du matin, prend son petit déjeuner, sort de chez sa sœur, Zahra, à Sidi Messaoud et attend dehors son nouvel ami et amant, Bouchaïb Zinani. Midi sonne. Tous les deux achètent du vin à bas prix, deux bouteilles du «Chaudsoleil». Dans un coin, pas loin du domicile de Zahra, ils picolent. Vers 14 h, ils ont déjà bu les deux bouteilles. L’argent dont ils disposent ne leur permet pas d’acheter une autre bouteille de vin rouge. Que doivent-ils faire ? Ils quittent d’abord leur quartier. Flânant, ils arrivent à la rue quinconces (l’actuelle rue Bachir Ibrahimi), quartier La Gironde, juste à côté du cinéma Al Mamounia. Tout d’un coup, ils aperçoivent un enfant. Moutachawiq lui lance un regard terrible. Son ami le remarque, mais ne lui demande pas pourquoi. Mustapha s’approche de l’enfant.
« – Où vas-tu ? ».
L’enfant ne répond pas. Il garde le silence. Mustapha insiste.
– «Au cinéma Mamounia pour voir un film.
– «Je m’appelle Mustapha, mon ami Bouchaïb et toi ?». 
– « Abdelghafour».
– «Tu es encore petit, quel âge as-tu ?»
– «14 ans».
– «Nous allons, moi et mon ami, à un autre cinéma, un peu plus loin d’ici, pour voir un film plus intéressant que celui qui sera projeté au cinéma Al Mamounia, veux-tu nous accompagner ?» 
– «Oui».
Tout au long du chemin, Mustapha converse amicalement avec Abdelghafour. Une demi-heure de marche à pied, puis le bus. Abdelghafour se rend compte que le temps a déjà passé pour voir un film au cinéma. «Ne t’inquiètes pas. Si nous n’arrivons pas à voir le film, nous passerons ensemble de bons moments», le rassure Mustapha Moutachawiq.
 
(Demain : Moutachawiq tue un premier enfant, Abdelghafour Al Ghalladi).

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