Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (8)

Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (8)

Nous sommes en mars 1977, le mois du début du printemps, saison du bonheur avec sa température douce, sa verdure renaissante et ses oiseaux gazouilleurs. Malheureusement, Moutachawiq semble avoir l’intention de le métamorphoser en hiver avec ses orages imminents et épouvantables qui éclatent avec des tonnerres terribles et des foudres accompagnés de fortes précipitations et de rafales de vent. La police qui le cherche activement et sans relâche depuis sept ans se sent comme si elle cherche une aiguille dans une botte de foin. Abandonnera-t-elle l’affaire? Certes, les moyens qui sont traditionnels, archaïques, ne permettent pas de mettre hors d’état de nuire un criminel de haut calibre, muni d’armes blanches et à feu et ayant l’art de se cacher comme Mustapha Moutachawiq. Mais, elle ne pense jamais baisser les bras pour lui permettre de continuer à semer la terreur dans le pays et surtout à Casablanca.Mustapha Moutachawiq et son ami Bouchaïb Zinani se rendent au quartier Al Andalous, à Aïn Chock. Ils y mènent une surveillance minutieuse en quête d’une occasion idoine pour piéger leur proie. Le 16 mars, Moutachawiq remarque l’enfant, Abderrahim Saber, qui sort de chez lui. Rapidement, il l’appelle : «Abderrahim, Abderrahim». L’enfant s’arrête, cherche la personne qui l’appelle… La voilà devant lui. Certain de ne l’avoir jamais vu, l’enfant le scrute. Mustapha se baisse et l’embrasse sur les joues.
– «Ton père est-il chez lui?»
– «Non, non».
– «Je suis son ami et j’ai besoin de lui, tu ne sais pas où il se trouve maintenant?»
– «Non».
– «Tu vas à l’école ?»
– «Oui».
– «Dans quelle classe ?»
– «Je crois que tu n’es pas un élève paresseux. Tu es un génie comme je vois dans tes yeux… ».
Avec un sourire aux lèvres, l’enfant l’admire. Mustapha est convaincu d’avoir gagné la confiance d’Abderrahim. Avec l’air enfantin, celui-ci répond à chaque question.
« Ah, il faut que tu rentres chez toi. Et ne dis rien à ton papa. Je vais revenir demain pour le chercher».
Mustapha Moutachawiq embrasse l’enfant et part. Quand il rencontre, quelques minutes plus tard, Bouchaïb, il lui raconte comment est-il arrivé à gagner la confiance de l’enfant.
– «Nous devons passer à l’action demain Inchallah… Nous n’avons rien à attendre. L’enfant est dans mes poches».
Le lendemain, 17 mars 1977. Les deux acolytes, Mustapha et Bouchaïb, sortent de chez eux et se rencontrent. Ils s’attablent dans un café pour discuter des détails du plan de leur premier enlèvement de l’enfant.
– « Il faut qu’on soit prudent et qu’on prend nos précautions pour ne pas échouer dans cette première opération. Ok ?»
– «Ok».
C’est Moutachawiq qui planifie toujours. Bouchaïb ne doit qu’exécuter soit sur le lit, soit sur la scène du crime.
– «Nous devons l’enlever à la sortie de son école vers midi», a décidé Mustapha.
Quand ils arrivent devant la porte de l’école, midi est déjà passé de quelques bonnes minutes. La solution?
– «Ouf, on l’a raté. Mais bon, on va le chercher partout. On ne doit pas surseoir l’opération jusqu’à un autre jour. Aujourd’hui, c’est aujourd’hui. Bon, tu ne quittes pas l’entrée de la mosquée d’Aïn Chock. Il y arrive de temps en temps quand il sort de l’école. Quant à moi, je vais l’attendre devant la porte de l’immeuble où il habite», s’adresse Moutachawiq à son ami Bouchaïb. Tout d’un coup, Abderrahim Saber sort de l’immeuble. Moutachawiq pousse un soupir de soulagement. Un faible sourire relève à peine et bien mollement un coin de sa bouche.
– «Viens, mon enfant… Ça va ?»
– «Ça va bien».
– «Ton père est-il chez lui?»
– «Non, il vient de sortir. Je crois qu’il est allé à son commerce».
– «Accompagne-nous chez lui à son commerce. Je dois récupérer mon argent que je lui avais prêté depuis quelques mois. J’avais déjà un rendez-vous avec lui».
Content, l’enfant s’apprête à le conduire quand sa cousine, Fatiha, qui le remarque de la fenêtre qui donne sur la rue, lui demande sa destination.
– «C’est un ami de papa, je vais le conduire à la boutique», lui répond-il.
Fatiha ne répond pas, elle croit à ses paroles. Malheureusement, depuis, elle ne l’a pas revu. Pourquoi ?

(Demain : Moutachawiq tue et jette dans le puits l’enfant
Abderrahim Sabir).

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