Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (Fin)

Le monstre de Casablanca : Mustapha Moutachawiq (Fin)

«Moutachawiq », un joli nom de famille en arabe qui ne peut se traduire que par «Envieux» et «Désireux». Comment un monstre aussi horrible peut-il porter un nom aussi charmant qui exprime l’envie et le désir ? C’est vrai, il ne l’a pas choisi.
Le mardi 3 janvier 1978, Mustapha Moutachawiq et son acolyte, Bouchaïb Zinani, conduisent les enquêteurs jusqu’à la région de Sidi Messaoud et leur indiquent le puits où ils ont jeté les cadavres des deux enfants, Abderrahim Saber et Mohamed Cheddadi. Les sapeurs-pompiers descendent dans le puits, fouillent comme des fourmis et découvrent les squelettes des deux enfants. L’affaire fait la Une des journaux. Mustapha et Bouchaïb sont traduits le lendemain devant le parquet général près la Cour d’appel de Casablanca. Tous les Marocains attendent impatiemment le procès.
Jeudi 23 février est un jour exceptionnel à la chambre criminelle de Casablanca. Tout le monde est sur ses nerfs, surtout les policiers. La salle d’audience n° 1 est archicomble.
– «Mahkama…», lance l’agent du tribunal.
Tout d’un coup, les cinq jurés de la Cour présidée par le juge Hammou Mastour, suivis du représentant du ministère public et du greffier, rentrent et prennent leurs places au prétoire.
Par respect à la Cour, l’assistance se lève. Le président de la Cour leur demande de s’asseoir. Les deux criminels ne sont pas encore rentrés dans la salle d’audience.
– «Mustapha Moutachawiq et Bouchaïb Zinani», appelle-t-il .Quand les deux mis en cause  apparaissent, tous les visages se tournent vers eux avec une expression de curiosité mêlée à de la répugnance. Moutachawiq leur jette un coup d’œil vif et se dirige vers le box des accusés. Les témoins et les deux avocats constitués par la Cour dans le cadre de l’assistance judiciaire pour le compte des deux acolytes et l’avocat qui représente la partie civile sont présents.
Selon les dispositions des vingt et un articles du code pénal, le juge Hammou Mastour rappelle plusieurs accusations. Dans un silence horrifié, le président entame les interrogatoires par Bouchaïb Zinani.
Effrayé et perturbé, Zinani se disculpe : « Je n’ai jamais connu cette personne.La police m’a torturé et m’a attribué tout ce que cet homme leur a révélé».
– «Et toi Moutachawiq ? Toi aussi tu n’as rien fait ? », s’adresse le juge à Mustapha.
Sereinement, raffermi, imperturbable, Moutachawiq se dresse devant la Cour. En fait, le président de la Cour a tout vu depuis qu’il est juge : des voyous, des agresseurs, des taulards, des escrocs, des truands, des meurtriers, des violeurs…Mais jamais un être aussi méprisable, aussi moralement hideux que Mustapha Moutachawiq. Et pourtant, ce monstre a attiré l’intention de tout le monde avec sa manière de parler, de se défendre, de ses idées bien rangées et bien détaillées, de sa bonne mémoire qui se rappelle de tous les petits détails et de ses explications et analyses : – «M. le président, mon père était un vendeur d’eau (guerrab). J’ai grandi dans le gouffre de la misère, de la famine et du froid. Ce sont les circonstances qui m’ont encouragé à chercher de l’argent par n’importe quel moyen. Mais jamais, je n’ai pensé tuer ni enfant, ni adulte. La preuve M. le président, j’ai commencé depuis 7 ans à délester aux enfants tout ce qu’ils portent de précieux.Je n’ai jamais fait de mal à l’un d’eux… Il faut savoir M. le président que durant tout mon parcours de criminel , j’ai agressé pas moins de 400 enfants. Si j’étais un meurtrier, j’aurai liquidé au moins une cinquantaine d’enfants.
– Mais tu as reconnu avoir tué les deux enfants que tu as jetés dans le puits ?
– Non, M. le président. C’est Bouchaïb qui les a tués et pas moi. Il m’a énervé quand il les a tués au point que je voulais même les trangler».
Vers 20 h, l’audience a été levée. Elle a repris le lendemain matin, vendredi 24 février. Après le réquisitoire et les plaidoiries, le verdict est prononcé : la peine de mort. Moutachawiq sera exécuté quatre ans plus tard, en 1982.

 (Demain : L’étrangleur des filles
 de joie à Agadir)

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