Le règne de Fahd a vu le lancement de réformes limitées

Tout a commencé le 1er mars 1992, lorsque le roi Fahd, au pouvoir depuis dix ans, annonce la création d’un Conseil Consultatif ("Majlis al-Choura"), dont les 60 membres seront nommés en août 1993.
Environ un an après la fin de la première guerre du Golfe, l’Arabie saoudite traverse alors une période difficile marquée par une profonde crise financière et un mécontentement latent.
Le nombre des membres du "Majlis" sera porté à 90 en 1997, à 120 en 2001 et à 150 cette année, mais les femmes en sont toujours exclues.
Mais le véritable lancement de ce processus de réformes est une conséquence directe des attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, perpétrés par le réseau terroriste Al-Qaëda d’Oussama ben Laden, issu d’une riche famille saoudienne, mais déchu de sa nationalité.
La présence de 15 Saoudiens parmi les 19 auteurs de ces attaques donne lieu à de virulentes critiques américaines contre le régime de Ryad, accusé de porter une part de responsabilité dans l’apparition d’un islamisme extrémiste.
Désormais, la priorité pour Washington est à la démocratisation des pays arabes, perçue comme le meilleur moyen de lutter contre le développement du terrorisme.
En Arabie saoudite, des voix commencent à s’élever — fait rarissime — pour appeler le gouvernement à engager des réformes.
En janvier 2003, plus de 100 intellectuels saoudiens adressent une pétition au prince héritier Abdallah, qui dirige de facto le pays depuis 1995, pour demander des réformes, dont une séparation des pouvoirs et un parlement élu.
En juin de cette même année, une "conférence pour le dialogue national", réunie à l’initiative du prince Abdallah et regroupant plus d’une cinquantaine de dignitaires religieux et d’intellectuels, préconise d’"élargir la participation" à la vie publique.
En août, Abdallah annonce la création d’un Centre du roi Abdel Aziz pour le dialogue national, afin d’institutionnaliser ce dialogue.
Le mois suivant, plus de 300 intellectuels, universitaires et hommes d’affaires de tendance réformiste publient une pétition adressée au prince héritier. Fait extraordinaire, 51 femmes figurent parmi les signataires.
Ils prônent des "réformes radicales" afin de lutter contre le danger que représentent pour le pays les islamistes les plus extrémistes.
Car depuis mai 2003, le régime est confronté à un véritale assaut de la part de la branche locale du réseau Al-Qaëda, "Al-Qaëda dans la péninsule arabique", qui multiplie les attentats sanglants contre les étrangers.
C’est dans ce contexte que le gouvernement saoudien annonce, en octobre 2003, qu’il a décidé d’organiser un scrutin pour élire la moitié des membres de 178 conseils municipaux.
Il s’agira des premières élections nationales de l’histoire du royaume.
Elles ont eu lieu le 10 février à Ryad et dans sa province, puis le 3 mars et le 21 avril dans le reste du pays. Les femmes n’ont pas obtenu le droit d’y prendre part, que ce soit pour être candidates ou pour voter.
Plusieurs hauts responsables ont dit être favorables à ce qu’elles participent au prochain scrutin, prévu pour 2009.
Des voix s’élèvent aussi pour réclamer que le "Majlis" soit désormais élu, et non plus nommé.
Les dirigeants saoudiens ont assuré qu’ils poursuivraient dans la voie des réformes, mais ont averti que celles-ci ne pouvaient pas être inspirées du modèle occidental.
Ils se gardent en tout cas de dire quelle forme elles prendront et surtout jusqu’où elles iront.
Mais l’épilogue récent du procès de trois réformateurs, arrêtés en mars 2004 et condamnés le 15 mai dernier à des peines de 6 à 9 ans de prison pour avoir réclamé une monarchie constitutionnelle, montre clairement quelles sont les lignes rouges à ne pas dépasser.
D’autant que le ministre de l’Intérieur, le prince Nayef ben Abdel Aziz, a affirmé le mois dernier, en réaction à des critiques formulées par la secrétaire d’Etat américaine Condoleezza Rice, qu’il s’agissait d’une "affaire interne" et que "personne n’a le droit d’en parler".

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