Les cardiaques doivent-ils jeûner ?

ALM : Qu’est-ce qu’une cardiopathie ?
Le Pr. Redouane Mesbahi : D’abord, il faut savoir que ce qu’est le cœur. Il est le seul organe qui ne peut pas s’arrêter de travailler. Certains organes peuvent se reposer ou diminuer du moins leur métabolisme par exemple pendant le sommeil. Mais le cœur, lui, travaille toujours et même un peu plus au cours du sommeil surtout lorsqu’on a des cauchemars. Il suit, en fait, les sensations liées à l’organisme. Si le cœur s’arrête, le sang ne passe plus et la vie devient impossible. On sait que si le cœur s’arrête plus de 20 secondes, il y a d’énormes dégâts au niveau du cerveau. Il faut savoir que le cœur a une fonction mécanique puisqu’il se remplit de sang et ensuite il l’éjecte vers la circulation. Il pousse chaque minute 5 litres de sang et ce débit augmente selon l’effort et le besoin de l’organisme.
Chaque maladie qui va atteindre une des deux fonctions va générer ce qu’on appelle une cardiopathie, c’est-à-dire une anomalie. Il y a des cardiopathies congénitales qui naissent avec l’enfant et celles acquises de l’adulte. Les anomalies peuvent toucher le péricarde qui couvre et protège le cœur, le muscle appelé myocarde qui se dilate ou la couche interne qui est l’endocarde.

Quelles sont les cardiopathies les plus fréquentes au Maroc ?
Au Maroc, on constate de plus en plus de coronaropathies (atteinte des artères coronaires) qui concernent particulièrement les personnes présentant des facteurs de risque. Le tabagisme en est l’un des plus fréquents. On a aussi l’obésité, le diabète, l’hypertension artérielle à laquelle 33% des Marocains sont prédisposés. La sédentarité pose également problème, parce qu’on constate que de moins en moins de personnes ont une activité sportive.   
Il ne faut pas oublier le déséquilibre du métabolisme lipidique : le cholestérol et d’autres dérivés. Si ce déséquilibre n’est pas dépisté à temps, il peut épaissir les artères entraînant leur rétrécissement.
Il y a un nombre illimité de cardiopathies, mais les anomalies les plus fréquentes sont le rhumatisme articulaire aigu et les maladies des artères du cœur liées aux facteurs de risque. Vous savez, lorsqu’on reçoit un malade pour une opération cardiaque, on lui dit clairement que s’il ne s’arrête pas de fumer, ni l’acte chirurgical ni le traitement ne lui serviront à quelque chose.
Peut-on jeûner lorsqu’on est atteint d’une cardiopathie ?
C’est la question que viennent de me poser presque tous les malades. Toutes les maladies cardiaques ne se ressemblent pas et chacune est un cas particulier. On ne peut donc pas schématiser, car une même cardiopathie diffère d’une personne à l’autre. Ce sont les données scientifiques qui nous orientent vers la décision à prendre. Lorsque le cas est jugé sévère, que le malade est contraint de suivre une plurithérapie (plusieurs médicaments la journée), il ne faut pas jeûner.
On évalue, également, les facteurs de co-morbidité, c’est-à-dire les maladies associées comme le diabète ou l’insuffisance rénale et on prend en compte l’activité qu’exerce le malade. Cependant, on a toujours des malades qui jeûnent malgré le risque d’hémiplégie, d’infarctus avec mort subite, d’insuffisance rénale… On ne doit pas prendre d’initiative personnelle, car le médecin sait ce qu’il fait.

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