Les petites vendeuses ne sont pas ce que vous croyez

Hassna, 25 ans, gardera un souvenir marquant de ce mois de Ramadan. Elle était employée comme vendeuse dans une grande boulangerie-pâtisserie de Casablanca. Le genre d’établissement de prestige dont la quasi-majorité des clients a les moyens de s’offrir des produits de luxe à un rythme quotidien. Chaque jour donc, Hassna prenait place parmi les habitués de la navette ferroviaire Rabat-Casa et venait se dévouer à la gourmandise de ses habitués. Ses clients préférés ? Ceux qui, malgré leur célébrité dans les médias ou à la télévision, savent rester simples et respecter les gens. Des noms ? Reda Benjelloun et Thami Ghorfi figurent en tête de son hit-parade des clients vraiment sympas…
Vendeuse ? Sous son uniforme de service, censé la valoriser en l’associant à l’image de marque de son employeur, Hassna sait garder la tête froide ; elle n’est que l’une des petites mains anonymes de la profession, mais elle sait que de son savoir-faire dépend le succès de l’établissement qui l’emploie et sa réputation.
Petit métier ? Servir du pain, des viennoiseries, des pâtisseries, des canapés et autres sandwiches salés à des clients “enramadanés”, foi de Hassna, ça vaut tous les durs travaux du monde. Certes, il vaut mieux être diplômé et avoir abordé tout cela en théorie avant de se retrouver confronté aux réalités du terrain. Ça tombe bien, Hassna est titulaire d’un diplôme en administration et gestion des entreprises hôtelières et touristiques, un Bac plus quatre si vous préférez. Mais elle a l’humilité de la jeunesse, qui constitue une force et une sagesse à la fois, et qui lui donnent la motivation nécessaire pour servir au plus bas de l’échelle, se rendre utile là où on a besoin d’elle, même si sa fonction est officiellement de superviser la prestation collective de la boutique et de son équipe.
Hassna a évidemment conscience de ne représenter, aux yeux de certains de ses clients, qu’un visage qu’on voit sans y prêter réellement attention. Sans se laisser démonter, elle fait valoir au quotidien l’étendue de son expertise, voire de son ingénierie.
Non, le mot n’est pas trop fort lorsque l’on fait la somme de toutes les qualités et savoirs-faire qui permettent d’assurer une prestation de haut niveau. Concrètement, tout ce qui lui permet de supporter, jour après jour durant Ramadan, les mille et une péripéties du service à la clientèle, sachant que tout peut arriver : de l’erreur dans la prise de commande jusqu’à l’agressivité d’un client de mauvaise foi.
Mais les meilleures choses ont une fin, se disent aujourd’hui les habitués de Hassna qui ne la trouvent plus désormais à son poste, comme chaque jour de Ramadan que Dieu faisait. Car un jour, elle en a eu assez de s’estimer aussi mal récompensée de ses efforts, de sa sincérité et de son dévouement.
A moins qu’on lui ait fait une offre plus en conformité avec sa formation et son potentiel. Toujours est-il qu’un jour, Hassna est partie.
Hassna en a donc fini avec la supervision de sa boutique, la complexité des assortiments de produits et le terrain miné des commandes pour cérémonies. Elle laisse derrière elle des habitués inconsolables et d’autres serveuses qui, vous l’avez compris, ne sont pas ce que vous croyez…

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