Les plages sont bondées, mais pas un bikini en vue

Les plages bleu azur ou émeraude du littoral algérois sont bondées, mais pas un bikini en vue: la pression islamiste y reste insidieuse et omniprésente. Sur la côte ouest d’Alger, le Club des Pins et Moretti font exception dans cet univers de machos en goguette se promenant torse nu sous le soleil ardent d’août. Hérissées de villas et de bungalows luxueux érigés au milieu de la verdure, les deux plages sont réservées aux cadres supérieurs et placées sous très haute surveillance.
Les femmes s’y baignent en maillot. Au soleil couchant, elles déambulent sur le sable doré sans crainte d’être sermonnées pour la légèreté de leur tenue de plage par des «barbus» attentifs au moindre écart vestimentaire.  Des jeunes de la «Chi-Chi» (version locale de la Jet-Set), juchés sur des scooters de mer, pétaradent dangereusement au gré des vagues. D’autres se tortillent pour redresser la voile réticente d’une planche à la dérive.
Dans les clubs privés, on danse jusqu’à l’aube au rythme de musiques endiablées.
Quelques kilomètres plus loin, la plage populaire Colonel Abbas ressemble à un camp de toile. Les centaines de tentes fermées, louées aux familles à la journée, s’alignent en rangs serrées. Sachets en plastique et papiers gras jonchent les allées. Pas de clubs privés, mais de la musique à tue-tête.
Fayza, 25 ans, qui termine sa médecine, se précipite dans l’eau à grandes enjambées. Elle semble pressée de se soustraire aux regards de ses voisins de baignade. Son «maillot» est une combinaison d’athlétisme, qui lui couvre les cuisses jusqu’aux genoux.
«Un bikini ici, vous n’y pensez pas», dit-elle, en laisser tomber un regard oblique sur ses voisins indiscrets. «Médecin de l’ancienne génération», insiste-t-elle, sa mère, approuve.  «Les temps ont bien changé par ici», laisse-t-elle tomber résignée.
Près d’elle, trois femmes en robe longue, les cheveux serrés dans un foulard mouillé, sont assises au bord de l’eau, les jambes tendues, offertes aux vagues mourantes.
A Bou Ismaïl, l’ancienne Castiglione, où seul le cimetière témoigne encore de la forte présence de Pieds-Noirs (français d’Algérie) dans les années 1960, les baignades sont interdites, mais les enfants continuent à plonger dans les eaux souillées par les rejets de la zone industrielle. Fierté de cette ancienne station balnéaire prisée, le front de Mer désert suinte l’ennui et la tristesse.
Sur les plages de Cherchell, l’antique Césarée, comme à Tipaza, qui abrite un site archéologique romain classé par l’Unesco, la domination des hommes est évidente. Les embouteillages témoignent de la fréquentation des lieux.
Plus de dix millions d’estivants auraient séjourné dans la région depuis le début de l’été. Au pied du Mont Chenois, les criques se succèdent avec leurs pics rocheux servant de plongeoirs aux gamins ravis. Les femmes plutôt rares et vêtues de pied en cap barbotent dans l’eau sans perdre de vue les enfants.
A l’est comme à l’ouest du littoral, des gendarmes sur le qui-vive veillent à la sécurité des baigneurs, autant que les maîtres-nageurs chargés d’arracher aux flots les imprudents.
«Les gendarmes ont permis aux Algérois de renouer avec la mer, qu’ils avaient désertée durant les années noires du terrorisme (1990-2000)», dit Tahar, agent de la protection civile à Fouka-marine. «Mais l’Algérie est encore convalescente», ajoute-t-il, le regard tourné vers trois solides «barbus» en bermuda se frayant un chemin sur le sable chaud, ventre arrondi en avant.

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