Les rentiers noient le secteur de la pêche

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Le secteur de la pêche profite à des rentiers. Un sondage a été proposé aux lecteurs de l’édition électronique d’Aujourd’hui Le Maroc. A la question : quelle est votre perception de la pêche nationale ? 91,5% ont répondu : un secteur de rente. Seuls 8,5% des votants considèrent la pêche nationale comme un secteur organisé. 331 personnes ont participé à ce sondage. Elles confirment la vision qu’ont de nombreux professionnels d’un domaine vital, mais qui s’apparente à la délivrance de licences de pêches. Un bateau équivaut à un agrément (grima) dont une personne tire de substantiels revenus.
L’intérêt du rentier ne dépasse pas les limites de son bateau et du poisson stocké dans les soutes. Les efforts entrepris pour moderniser le secteur ne changent rien à l’affaire. Les passions que déchaîne régulièrement la pêche sont souvent liées à des intérêts personnels relatifs aux craintes de voir les revenus de la rente s’envoler avec un quelconque changement. Cela se traduit par des querelles de poissonniers et une absence de vision capitalistique d’un secteur qui pourrait être un vecteur de développement du pays. Poulpe, repos biologique, pélagique, aquaculture, formation, chantier naval, tous les dossiers dont on attend qu’ils révolutionnent le secteur buteront toujours à la résistance de certaines personnes possédant des licences de pêche. Leur pension ne supporterait pas la moindre houle qui en modifierait l’apparence. Elle fait office de rente de situation que les bénéficiaires considèrent comme un droit irréversible.
Et si ces rentiers procédaient à une révision du mode d’exploitation de cette filière ? On peut rêver à des investissements pour augmenter le nombre de véhicules frigorifiques. On peut rêver de la création d’unités de conservation du poisson frais dans les villes et les campagnes à l’arrière-pays, à plus d’industries de transformation, à ces poissons, pêchés au large du Maroc, et qui réapparaissent transformés en fines tranches sur les étalages de nos supermarchés. Leur transformation s’est effectuée dans d’autres pays ! On peut rêver à plus d’usines. A plus d’emplois. A la modernisation de la flotte. Les rentiers lésinent jusqu’à dépenser un peu de leurs revenus pour changer les embarcations. Ils les lancent pourtant dans une aventure périlleuse chaque fois qu’elles appareillent. On peut rêver à un secteur qui pousse vers l’avant les industries du pays ; à un secteur qui finirait par changer la vision des votants qui le considèrent comme la ruche de rentiers.

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