L’étrangleur des prostituées à Agadir (14)

L’étrangleur des prostituées à Agadir (14)

À bord de leurs fourgons, les enquêteurs arrivent au quartier Aghrod. Les badauds s’attroupent autour du fourgon, regardent Al Gabbas, se demandent s’il a commis un nouveau crime après celui de Fatima qui lui a coûté sept ans de réclusion criminelle. Les policiers ouvrent le portail du fourgon, tiennent Abdelhak par les deux bras, l’entourent et le conduisent vers son domicile. Quand un policier a ouvert la porte, un chat s’est faufilé à l’intérieur ! le chef de la brigade le remarque. Il se souvient que le rapport de l’autopsie  signale la présence de poils de chat sur les deux cadavres. Ils rentrent. À l’intérieur de la maison, ils remarquent le vélomoteur rouge, la même marque de celui qui était en possession du jeune client qui a accompagné Rajae. Ils découvrent ensuite deux tâches de sang sur le pose-pied. Une planche qui sert à la lessive ainsi que des couteaux de différentes tailles étaient également maculés de sang.
«C’est quoi ça ? Du sang ? D’où provient-il? Et le chat ? Ses poils ont été trouvés sur les cadavres des deux filles tuées», s’adresse le chef de la brigade à Abdelhak.
Sont-elles les preuves tangibles pour le mettre en cause ?
«Oui, tu es l’assassin de Rajae et Meriem. Tu dois dire la vérité», lui somme le chef de la brigade. Abdelhak ne réagit pas, garde son calme et son silence. Qui est-il ?
Nous sommes à Chiadma. Dans cette région du nord d’Essaouira, Abdelhak a vu le jour en 1966. Ce benjamin d’une fratrie de trois frères et une sœur était comme une malédiction pour ses parents. Sans arriver même à l’âge de prononcer «maman», ses parents ont divorcé. Sa mère, qui était une femme au foyer, sans métier, sans le moindre sou en poche, ne savait plus à quel saint se vouer. Quatre garçons et une fillette en sa charge et un ex-mari qui ne leur versait pas le moindre sou de la pension alimentaire. Ils ont été  abandonnés à leur propre sort. Abdelhak, ses trois frères et son unique sœur n’intéressent plus leur père. Celui-ci semblait avoir l’intention de reprendre sa vie avec une autre femme. Il s’est remarié. Et il ne supporte plus croiser ni son ex-femme, ni l’un de ses enfants, ni les accueillir chez lui pour leur donner cinq ou dix dirhams. Il a commencé à les chasser comme des chiens.  
Pour la mère d’Abdelhak, la vie à Chiadma est devenue très dure. Elle n’y avait rien à faire. Que devait-elle faire ?
«Tu peux trouver du travail à Agadir», lui a proposé une voisine.
Une proposition qui semble lui avoir plu. Se débrouillant pour avoir un peu d’argent, elle a conduit ses cinq enfants à la capitale du Souss et a loué une chambre dans une maison. Ils y vivaient comme des sardines dans une boîte de conserve. Abdelhak grandissait tout en commençant à prendre conscience de son entourage : la mère qui sortait le matin pour travailler chez des familles contre une somme de misère, les frères et la sœur qui jouaient à la rue après chaque retour de l’école et lui qui passait sa journée à rigoler, à bavarder avec ses camarades du quartier. À son septième printemps, il a été mis aux bancs de l’école Ibn Batouta du quartier Amsernat, puis à l’école Al Kaddali. Malheureusement, il a été mis à la porte, en 1979, après avoir échoué à deux reprises à la 5e année d’enseignement primaire. Abdelhak était à son quatorzième printemps, quand sa mère l’a mis entre les mains d’un mosaïste. Il a commencé à apprendre le métier. Au fil du temps, il est devenu pro et tout le monde le surnomme «Al Gabbas» (le plâtrier). Après, sa situation s’améliorait. Une réussite qui lui a permis de louer un local et monter son propre projet. Il travaillait et fréquentait les prostituées jusqu’au jour où il a tué Fatima et a purgé la peine de sept ans de réclusion criminelle.  Relâché, il a pensé se marier. Sa mère lui a choisi sa cousine, Fatima, qui demeure à Rabat. Celle-ci était heureuse et la nuit de noces a été célébrée quelques jours plus tard. 


 (Lundi : Après le mariage, les enfants… et les crimes de meurtre ? )

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