L’homme qui aimait la France

Le dirigeant palestinien pouvait dire quelques mots, quelques phrases en français, mais il ne parlait pas couramment la langue de Molière. On se souvient de son célèbre « c’est caduque », qui annonçait la suppression de la charte de l’OLP des provisions prévoyant la destruction de l’Etat juif. C’était le 1er mai 1989 à Paris : il était reçu à Paris par le président François Mitterrand dans le cadre de sa première visite « officielle » dans un pays occidental.
Sept ans plus tôt, en 1982, lui et ses fedayins étaient aux abois dans Beyrouth assiégée par l’armée israélienne, alors dirigée par son ennemi le plus irréductible, Ariel Sharon. Après des négociations dans lesquels Paris jouera un rôle-clé, il quitte la capitale libanaise à bord d’un bateau grec escorté par deux navires de guerre français.
Vingt ans plus tard, alors qu’il est assiégé cette fois dans son palais de la Moukataa à Ramallah, en Cisjordanie, dans l’indifférence quasi-générale du reste du monde, les Français figurent parmi les rares dignitaires étrangers à lui rendre encore visite, ce qui mécontente les Israéliens au plus haut point. Ariel Sharon refuse en effet de recevoir toute personnalité qui ferait un crochet par Ramallah, à vingt kilomètres de Jérusalem.
Au retour de l’une de ces visites effectuée le 29 juin dernier, le chef de la diplomatie française Michel Barnier déclarait que l’assignation à résidence de fait du leader palestinien n’était pas « digne ». Il rappelait la position européenne: « Yasser Arafat est le chef légitime, reconnu, élu des Palestiniens. Donc il n’y a pas d’accord sans Yasser Arafat et encore moins contre lui. »
Quatre mois plus tard jour pour jour, le 29 octobre, le Président palestinien était évacué de la Moukataâ en ruines pour être hospitalisé dans un hôpital militaire français, Paris fournissant l’avion médicalisé permettant son transfert. « Il allait de soi que la France, terre d’accueil, ne mettrait pas en cause le droit du Président de l’Autorité palestinienne de venir se faire soigner dans notre pays », déclarait le président Jacques Chirac.
Et c’est donc de la France qu’il effectuera son ultime retour vers les siens.

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