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Indécision

Dwight B. Wilderming a vingt-huit ans et souffre d’indécision chronique. Adolescent attardé, il mène une existence sans but, partagée entre ses colocataires, ses parents divorcés, sa sœur qui lui sert de psychanalyste et une petite amie à mi-temps. Licencié de son emploi, il accepte d’expérimenter Abulinix, un nouveau médicament censé guérir l’indécision. Le résultat est stupéfiant! Invité par une ancienne camarade de fac à la rejoindre à Quito, Dwight, pour la première fois de sa jeune vie, se sent pousser des ailes : c’est décidé, il va partir pour l’Equateur… Un an après sa sortie outre-Atlantique, Benjamin Kunkel débarque en France avec l’étiquette de « nouveau jeune prodige de la littérature américaine ». Le problème c’est que des jeunes comme lui, on nous en présente tous les deux mois : à nous donc de faire le tri. Symbole de ces Blancs approchant la trentaine, paumés, ce fils à papa (ou à maman plutôt) subit mollement une existence morne en deçà de ce que ses nombreux diplômes laissaient espérer. Porte-parole d’une génération donc, chantre d’une littérature que l’on qualifierait sans doute de post-moderne, Benjamin Kundel réadapte à partir de ce décor actuel le Bildungsroman traditionnel, en reprenant les éléments classiques de l’initiation : le voyage formateur dans une contrée inconnue, l’élément déclencheur – ici un médicament douteux, ou encore la rencontre d’un personnage jumeau qui agit comme un miroir. Uniquement axé sur la voix du personnage principal, le récit suit donc le dénommé Dwight dans son passage – tardif – à l’âge adulte. Énervant, pataud, fatiguant, tête à claque, le héros finit pourtant pour nous être amical, attachant. Si l’écriture n’est pas spécialement impressionnante, c’est l’humour qui la caractérise qui rend la lecture loufoque : situations cocasses, comportement puéril, répliques à ressortir en société ou pensées franchement débiles, cet ouvrage vaut le détour. Un roman initiatique d’une grande lucidité et, surtout, d’une grande drôlerie, à ranger à la suite des classiques du genre.

Indécision de Benjamin Kunkel
Éditions : 10/18, 2008


Le Ver dans la pomme

On retrouve dans ce recueil de nouvelles le mal-être dont souffrent presque tous les personnages de Cheever, tout comme cette quête d’un quelque chose qu’ils ne savent pas nommer mais dont l’absence est insupportable. Cheever révèle les secrets de famille derrière leurs façades. L’auteur, qui jouit d’une importante reconnaissance outre-Atlantique, est quelque peu oublié dans l’Hexagone. Heureusement, « Le Ver dans la pomme » vient combler ce manque. On apprécie particulièrement l’écriture juste de Cheever, d’une apparente simplicité, qui révèle une vision complexe de l’être humain. En effet, des images d’Epinal, visions classiques du bonheur, sont confrontées à des imperfections plus ou moins sous-jacentes, entraînant inexorablement les personnages dans des drames quotidiens. L’intérêt de l’ouvrage réside dans la subtile évocation de malheurs, sans jamais tomber dans la sensiblerie. Les personnages, placés dans des situations dans lesquelles ils s’avèrent décalés, sont en inadéquation avec leurs désirs, souhaitant vieillir plus vite ou rester jeune, rêvant d’autres horizons sociaux. L’auteur met également en scène des animaux au centre de ses nouvelles, tour à tour symboles de fatalité ou étranges miroirs de l’être humain.

Le Ver dans la pomme de John Cheever
Éditions : Joëlle Losfeld, 2008



La Princesse des glaces

Erica Falck, 35 ans, auteur de biographies installée dans une petite ville paisible de la côte ouest suédoise, découvre le cadavre aux poignets tailladés d’une amie d’enfance, Alexandra Wijkner, nue dans une baignoire d’eau gelée. Impliquée malgré elle dans l’enquête (à moins qu’une certaine tendance naturelle à fouiller dans la vie des autres ne soit ici à l’œuvre), Erica se convainc très vite qu’il ne s’agit pas d’un suicide. Sur ce point – et sur beaucoup d’autres -, l’inspecteur Patrik Hedström la rejoint. Un polar venu de Suède, édité chez Actes sud qui plus est, et voilà que l’on rapproche évidemment Camilla Läckberg de Stieg Larsson et sa trilogie « Millenium ». Sans méchanceté, cette « Princesse des glaces » n’arrive pas à la cheville de son glorieux congénère ; seuls le décor suédois et le récit alternant les points de vue des différents personnages nous rappellent vaguement les aventures de Blomkvist et Salander.

La Princesse des glaces – de Camilla Läckberg
Éditions : Actes Sud, 2008

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