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Palette d’une vie

De l’univers de la couleur à celui des mots. Mehdi Qotbi offre aux lecteurs une palette de vie, une sincère autobiographie, la sienne, de couleurs, enchantée. C’est l’histoire d’une personne deux fois née. Une première naissance, celle de Mohamed avant l’exil et une seconde, celle de l’artiste Mehdi. Le livre est un voyage admirablement narré, porté à la première personne du singulier, le « je ». Suivre l’itinéraire du narrateur, c’est découvrir à travers une palette de tons, couleurs, reflets, perspectives et lumières, les étapes d’une vie, celle de l’artiste. Et de l’océan des années 60, émerge le parcours de l’enfant face aux sortilèges et qui devient l’ami du ministre, notamment  Aherdane. Vient ensuite l’étape des amours, galères et liberté. Souvenir de l’enfant entre 13 et 15 ans traînant dans les rues, fuyant le lycée «…Je voulais juste sauver ma peau, vivre… Exister». Que c’est dur de seulement être et exister sans ressources matérielles ni soutien affectueux! Et c’est la rencontre, combien déterminante avec Gharbaoui ! Vint après l’étape de l’apprentissage aux Beaux Arts de Rabat. Comment payer ses cours ? Et c’est là où se dresse et s’éclaircit le portrait de Mehdi, le débrouillard et l’audacieux. Ce qui s’en suit, est des plus surprenants pour celui qui allait s’inscrire sur la liste des peintres du 20ème siècle, un aller simple pour ce que l’auteur appelle exil. «J’ai pour la première fois posé le pied sur le sol français, le 1er septembre 1969. Je n’ai pas quitté mon pays, j’ai fui ce que j’étais», écrit Qotbi. Vient ensuite les années toulousaines. «Je naissais à la vie et à ses plaisirs», peint en mots, l’artiste. Et c’est l’étape des belles et fructueuses rencontres. Après gestation , les premières esquisses, la renaissance et la naissance artistique, la découverte du monde d’Eve, les années parisiennes, la parenthèse communiste, Françoise, le grand amour, le bonheur d’avoir des enfants…Et la palette s’enrichit avec ce que le narrateur appelle «Des rencontres écrites», avec notamment Michel Butor, Léopold Sédar Senghor, Aimé Césaire, Nathalie Sarraute, Yves Bonnefoy, Octavio Paz, Dominique de Villepin. Naissent alors les coulisses du pouvoir, François Mitterrand, Nicolas Sarkosy, Jacques Chirac… S’entame après une nouvelle étape, celle du Cercle, non des poètes disparus, mais celle de l’Amitié franco-marocaine, Trait d’union Maroc-Europe, Et enfin le retour d’exil, retour aux valeurs essentielles, aux racines, au passé inscrit dans un futur imbibé d’espérances. «…je suis redevable à mon pays natal et il était tant que je revienne à mes racines et que je donne un peu aux autres, moi à qui la vie a tout donné», conclut l’artiste-peintre Mehdi Qotbi.

Palette d’une vie, Mehdi Qotbi, éditions Le Fennec 2008 


Mehdi Qotbi avant la lettre

Avant la lettre, il y avait la couleur. Et quand la couleur et lettre se sont mariées, elles ont donné naissance au livre d’art «Mehdi Kotbi avant la lettre». Ce beau livre imprimé en 2008 et préfacé par François Delvoy, regroupe en une parfaite harmonie artistique des textes et des tableaux. Le pinceau orchestre la valse des mots mais la plume, elle, fait scintiller la couleur. Tout en communiant et dans un esprit de complémentarité, chaque art préserve soigneusement et jalousement son autonomie. Point de débordement! La route vers la création picturale ; ce sont des rencontres heureuses.L’aventure de la couleur passe par celle de l’écriture. La naissance d’un style, c’est la réminiscence et la résurrection d’une mémoire. C’est l’éblouissement devant les «Nymphéas de Monet… Et entre poésie et esthétique, surgit une écriture personnelle avec le mot et la lettre, la calligraphie, cette géométrie de l’âme énoncée par le corps. La tradition n’est nullement et uniquement fruit du passée, elle oriente et s’oriente vers un futur. La peinture de Qotbi, est pareille à une coupe de pensées qu’enchanté, l’on boit. Bonne dégustation !

Mehdi Qotbi Avant la lettre
Imprimerie idéale pour le compte de Venise Cadre 2008


Traversée de l’œuvre

Jacques Alessandra, dans cette Traversée de l’œuvre, tente de discerner les lignes de cohérence, le sens et la permanence du travail d’Abdellatif Laâbi. Il pose le problème de « l’utilité » de la littérature et du drôle du poète aujourd’hui. Des chocs littéraires du Laâbi adolescent à sa pratique poétique actuelle, érigée en système de défense des valeurs humaines inaliénables, Alessandra dégage les thèmes prépondérants dans son œuvre. Une rupture inaugurale conduit Laâbi, fils de sellier, au professorat et au militantisme culturel, puis à l’isolement, découvert pendant ses huit années de détention au Maroc pour «atteinte à la sûreté de l’État», où naît sa volonté de dialogue, de confrontation entre son «moi» et l’autre, notamment la femme – mère, épouse, combattante. Plus tard, il devra également apprendre à écrire en exil. Jacques Alessandra livre les clés de l’œuvre de Laâbi qu’il qualifie d’esthétique de la dissidence, mais à laquelle il refuse la seule définition de littérature engagée, restrictive à ses yeux, puisque écrire est engagement et l’écriture un «lieu d’errance utopique». Jacques Alessandra est né à Constantine en 1946. Parallèlement à une carrière d’enseignement en Algérie, au Maroc et en France, il rédige sa thèse de doctorat sur le théâtre de Kateb Yacine qu’il rencontre à Alger en 1978 et publie de nombreux articles sur la littérature maghrébine de langue française. De sa rencontre avec Abdellatif Laâbi dans les années 80, vont naître les entretiens de La brûlure des interrogations (L’Harmattan, 1985). Il est aussi l’auteur d’un roman plus au moins autobiographique, Jabel Mout ou Le Testament des pierres (L’Harmattan, 2003).

Abdellatif Laâbi Traversée de l’œuvre
De Jacques Alessandra
Édition de la différence, 2008

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