Majid Bekkas : «Il m’est arrivé d’avoir honte devant mes amis musiciens»

Majid Bekkas : «Il m’est arrivé d’avoir honte devant mes amis musiciens»

Quels sont vos Projets ?
Majid Bekkas  : Après l’album « Kalimba », je prépare actuellement un nouvel opus: « Out of desert », toujours avec le pianiste Joachim Kuhn, Ramon Lopez, des musicien gnaoua de Salé et les musiciens du desert de Merzouga. J’ai par ailleurs  beaucoup d’autres projets, sachant que je joue en moyenne 5 dates chaque mois à l’étranger.

Que représente pour vous le jazz ?
De part sa richesse et son ouverture, le jazz véhicule tout un message d’amour de paix, de tolérance et d’ universalité et c’est ce que j’ai toujours souhaité transmettre à travers ma musique.
Le jazz est une musique d’épanouissement loin de toute contrainte et raisonnement commercial.

Quelle est votre activité favorite en dehors de la musique?
J’aime la pêche et les voyages. Depuis que j’étais petit j’adore la pêche. Quand j’ai du temps libre, je prends ma canne à pêche et je vais à Moulay Bousselham. J’y ai passé dernièrement dix jours.

La musique traditionnelle gnaoua a une grande part dans la composition de  votre musique. Est-ce que vous avez évolué dans la musique gnaoua avec tous ses rituels et sa spiritualité ?
Non, même si j’ai grandi dans la tradition et l’environnement gnaoui pur, je n’ai jamais pratiqué les nuits de transes, les lilas. Depuis que j’étais jeune, ce qui m’intéressait, c’était la musique.

Pourquoi avoir alors  choisi le guembri?
C’est le premier instrument que j’ai eu entre les mains en 1973 moi qui suis né en 1957. Habitait à côté de chez moi feu Ba Homad, un mâllem très connu à Salé. Il m’a vendu un guembri puis il m’a appris à en jouer. Dès lors, je me suis beaucoup attaché à cet instrument c’est devenu mon instrument fétiche. Après, J’ai eu une formations à l’image de Nass el Ghiwane et après je suis passé à la guitare pour essayer une fusion du guembri et la guitare déjà à l’époque en 1979.

Peut-on dire que vous êtes parmi les initiateurs de la fusion au Maroc?
Je n’oserai jamais dire cela. Randy weston, un des plus grands pianistes toujours vivants est le premier initiateur de la fusion. Il a découvert la musique gnaoua en 1967 et déjà l’a fusionnée avec le jazz.  Il a fait connaître les gnaoua dans le monde entier. Il avait créé le premier club de jazz en 1967 à Tanger. Je vais jouer avec lui au festival Jazz in Riad à Fès le 14 novembre. Randy weston est un grand amoureux du Maroc. Mais malheureusement, jusqu’à maintenant, il n’a pas encore reçu tous les hommages qu’il mérite.

A part la musique, pratiquez-vous une autre activité professionnelle ?
Je suis informatiste. Je suis lauréats de l’école  des sciences de l’information. J’ai eu ma licence en 1981. J’ai eu une formation agronomique et vétérinaire de 1981 à 1983, puis j’ai occupé plusieurs postes au ministère de la Culture, et dernièrement j’étais enseignant au conservatoire. 

Que pensez-vous de cette dynamique des festivals au Royaume ?
Dans un sens, cela est positif par rapport à avant lorsqu’il n’y avait rien. ça crée des opportunités pour les musiciens de se performer. Mais d’un autre côté, je déplore la qualité de la programmation. On ne mise pas sur la qualité musicale. On mise sur les noms qui peuvent drainer le plus grand nombre de gens. Et ce n’est pas un critère. Ça aurait été un et un bon, s’il est question de concert payant et d’industrie musicale réfléchie, mais ce n’est pas le cas.

On ne vous a pas revu au festival des Gnaoua d’Essaouira depuis 2003, quelle est la cause?
J’avais joué en 2003 au festival. Mais j’étais très déçu de leur façon de se comporter avec les artistes marocains. Je suis reconnu et très respecté en dehors du pays. Je demande la même attitude chez moi. Il m’est arrivé d’avoir honte devant mes amis musiciens étrangers à cause de la qualité d’accueil inférieure qu’on m a réservée. J’espère que les choses on évolué à plusieurs niveaux.

Comment voyez-vous l’essor de la musique gnaoua ?
Je suis très content du rayonnement qu’a pu atteindre cette musique. Il ne faut pas que la musique gnaoua tombe dans le même piège que celui du raï et qu’elle se  contente du confort d’un succès populaire. Il faut toujours innover et oser. Il faut que les coeurs soient ouverts.
Les mallems ganoua, les acteurs, les théoriciens et les intéressés… devraient se réunir pour débattre, trouver et accepter de nouvelles idées.

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