Mali : le jeûne à Djenné

Mali : le jeûne à Djenné

Qui ne connaît pas la Mosquée de Djenné, à 829 km au Sud de Tombouctou (Mali)? La mosquée originelle abritait l’un des centres d’enseignement islamique les plus importants d’Afrique pendant tout le Moyen Âge. Des milliers d’étudiants sont passés par les madrassas de Djenné pour y étudier le Coran. Les quartiers anciens de la ville, y compris la mosquée, ont été inscrits au Répertoire mondial de l’UNESCO en 1988, compte-tenu de leur signification culturelle exceptionnelle.
A l’ombre du plus grand édifice en terre crue (banco) du monde, construite au 13e siècle, le Ramadan est d’abord une histoire de rites et de recettes.
Le mois sacré est mis à profit par les fidèles pour donner un coup de jeune à leur mosquée.
Les préparatifs de la   «fête du crépissage», célébrée le dernier jour du Ramadan, occupent les fidèles durant tout le  mois de pénitence. Sous un soleil de plomb, avec des températures dépassant les 40 degrès, les fidèles se réunissent durant les 30 jours à la mosquée, autour des causeries religieuses.
Les imprécations du marabout, reprises par les griots (gardiens de la traditions), faisant office de microphones,  ne sont interrompues que par l’appel libérateur des muezzins annonçant la rupture du jeûne.
C’est l’heure où jeunes et vieux se ruent sur les mixtures à base de lait et sur des galettes de mil et de riz préparées par les femmes. Loin d’être festives, les nuits de Ramadan à Djenné sont calmes. Entre petites mosquées secondaires, la concurrence est rude. C’est à qui attirerait le plus grand nombre de fidèles pour des séances de prières assez longues.
Les fidèles sont réveillés avant le lever du jour par de fortes voix accompagnées parfois de tambours. S’ensuit alors une course contre la montre. Car, avec des températures aussi extrêmes, il est impossible de jeûner sans manger et boire à l’aube.
Avec le jour nouveau, tous les fidèles et bénévoles retournent à l’activité principale du Ramadan, la préparation des travaux de rénovation de la mosquée. Une mosquée qui aurait dû être encore belle si le conquérant peul , Amadou Lobbo, qui enleva Djenné à la suite d’une guerre sainte, n’avait, au 19e siècle,  démoli le bâtiment d’origine, le jugeant trop luxueux pour un lieux de culte.
Bref, durant tout le Ramadan, on prépare des quantités adéquates d’enduit, ce qui nécessite plusieurs journées de travail. L’enduit pâteux doit être remué périodiquement, ce qui revient généralement à de jeunes enfants qui jouent dedans. Les hommes jeunes montent sur les parois de la mosquée en s’aidant de l’échafaudage permanent constitué par les faisceaux de palmes plantées dans les murs et ils procèdent au crépissage complet de la mosquée à l’aide de l’enduit. Celui-ci est amené en lieu et place par d’autres hommes.
Une course a lieu en tout début du cérémonial, pour voir qui arrivera le premier avec son chargement d’enduit à la mosquée. Les femmes et les jeunes filles portent l’eau nécessaire à la fabrication de l’enduit où elle est utilisée par les hommes qui sont perchés sur la mosquée. Tout le processus est dirigé par des membres éminents de la corporation des maçons. Les anciens, qui ont eux-mêmes dans le passé participé souvent au crépissage annuel, sont assis aux places d’honneur pour voir se dérouler l’action. La machine est si bien huilée qu’au dernier jour du Ramadan, juste après le sermon marquant l’Aïd, c’est une mosquée quasiment rénovée, qui pointe ses impressionnants minarets vers le ciel. Cela dure depuis sept siècles.

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