Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (17)

Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (17)

Mohamed Belahrach semble être très content puisque l’affaire du meurtre d’Aïcha Slima a été, au moins pour les enquêteurs, résolue. Peu importe, pour lui, que les deux amis arrêtés soient innocents ou pas. Le plus important, croit-il, c’est qu’il est libre, blanc comme neige. À ce propos, il essaie d’être au courant de tout ce qui concerne cette affaire à travers les journaux. Il ne s’est jamais intéressé aux journaux auparavant. Il lit chaque article qui en parle. Au fil des jours, il est certain que les deux amis, Abdelouahed Mouli et Ahmed Nouri, ne s’en sortiront pas. Depuis, il reprend tranquillement ses aventures aux derbs El Berkaoui et El Hilali et ses maquerelles et prostituées qui semblent avoir oublié ce qui est arrivé à Aïcha Slima. Tout appartient au passé. La mort d’Aïcha n’arrête pas la vie à derb El Berkaoui, ni à derb El Hilali. Sans elle, la vie continue. Au fil des jours, Belahrach oublie tout, sauf les prostituées, l’alcool et les chevaux de course. Et Aïcha Slima ? Il ne se souvient plus d’elle. Il reprend sa vie de plaisir comme si rien ne s’était passé, comme s’il n’a jamais tué une femme, comme s’il n’a jamais été la cause de l’incarcération de deux innocents et comme s’il ne regrette rien. Nous sommes au premier jour du mois de juin 1995. Entre cette date et juin 1993, le mois où le meurtre a été commis contre Aïcha, deux ans sont passés. Qui se souvient de cette femme, maquerelle et prostituée, à derb El Berkaoui? Qui se souvient de son histoire ? Personne. Son histoire s’est évaporée tout au long des semaines et des mois comme d’autres histoires de ce « quartier du plaisir». Personne ne se souvient même pas d’Aïcha, ni de sa beauté, ni de son corps. D’abord, plusieurs autres «Aïcha» ont rejoint, durant ces deux années, ce fief du plaisir, du sexe, de l’alcool et des nuits blanches. Et Mohamed ne change pas son monde, ses habitudes, ses rencontres, ses vices… Toujours les prostituées, l’alcool et les paris sur les chevaux de course. Un trio qui semble être l’air qu’il respire jour et nuit, sinon il va mourir. Et le meurtre ? Ne sera-t-il pas son quatrième vice ? En fait, jusqu’à ce premier jour de juin 1995, il n’a pas besoin de tuer une autre personne. Mais, croire est une chose et passer à l’acte en est une autre. Comment ? Les poches vides, Mohamed Belahrach décide de réagir pour avoir de l’argent. Réagir, pour lui, n’est plus synonyme de travailler, de se débrouiller pour avoir de l’argent ? Non. Réagir devient, pour lui, synonyme de tuer, massacrer sans pitié… Le matin, Belahrach retourne chez lui après une nuit blanche avec une prostituée. Il dort durant deux ou trois heures. Pour lui, c’est assez suffisant. Il se réveille avec une seule idée en tête : tuer pour avoir de l’argent. Sans rien manger, il fait un tour aux quatre coins de la maison. Il rentre dans la cuisine. Il cherche un couteau, une hache ou une autre arme blanche. Effectivement, il met la main sur un tuyau en fer bourré de ciment. Il le dissimule sous sa veste et sort. Sa destination sera derb El Berkaoui. Il est 11 h. Le soleil brille au ciel bleu d’El Jadida. Il fait très chaud. Mais, Mohamed n’a pas envie d’aller à la plage. Il n’a envie que de femmes et d’alcool. Il arrive au quartier du sexe, se tient dans un coin et commence à penser. A quoi ?

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