Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (3)

Mohamed Belahrach : l’épicurien qui tue les prostituées (3)

Nous sommes à la mi-octobre 1993. Un mois après le jugement à la peine capitale rendu contre Abdelouahed Al Mouli et Ahmed Nouri. Ces deux amis croupissent dans une cellule au couloir de la mort à la prison centrale de Kénitra. Ils n’arrivaient pas encore à s’adapter à la vie carcérale. Le jour est interminable et la nuit semble éternelle. Ils sanglotent en silence sans échanger le moindre mot. Pourquoi ? «Parce que nous sommes innocents», pensent-ils. Les jours, les semaines, les mois et les années passent. De temps en temps, un crime qui coûte la vie à une prostituée défraye la chronique judiciaire. La police judiciaire ne baisse pas les bras, diligente une enquête après une autre, effectue des investigations après d’autres, interroge les amis, les voisins, les clients des bordels, les prostituées, les proxénètes, les clochards et les vagabonds de la ville, les repris de justice et toutes les personnes soupçonnées d’être des meurtriers. En vain. Mais, il y a une remarque : ces trois nouveaux meurtres sont tous perpétrés à Derb El Berkaoui et non pas à Derb Mohamed El Hilali comme c’était le cas pour le premier meurtre qui a coûté la peine de mort aux deux amis intimes, Abdelouahed et Ahmed. Malheureusement, on met au tiroir une affaire après l’autre. Trois nouveaux meurtres, trois crimes, trois cadavres de prostituées, trois funérailles, trois tombes… et toujours pas de meurtrier. Il court toujours dans la nature. Qui sait, peut-être qu’il viendra présenter ses condoléances aux enfants, aux parents, à la famille et aux amis de la défunte! À chaque meurtre, la psychose s’installe à El Jadida, les proxénètes et les prostituées de la ville ne savent plus à quel saint se vouer, se réfugient dans leurs maisons, se méfient de chaque client, ne font plus confiance en eux. Mais, l’indigence et le manque du minimum vital les obligent à oublier en quelques jours tout ce qui est arrivé à l’une d’elles et commencent à guetter les clients. Le commerce de la chair fait la joie des Doukkalis. Peut-être que celui qui a tué leurs amies couche à chaque fois avec l’une d’elles, sans le connaître. Est-il un fantôme, un être surnaturel ? Ou bien un criminel qui arrive à commettre le crime parfait ? Huit ans plus tard, 2001. Tout le monde semble avoir oublié les deux amis, Abdelouahed Mouli et Ahmed Nouri sauf effectivement leurs proches qui leur rendent de temps en temps visite à la prison centrale de Kénitra. Croient-ils encore à leur innocence ? Réclament-ils la révision de leur affaire, leur liberté ou la grâce royale ? Ou bien, plongent-ils dans le gouffre du désintéressement, de l’oubli et de la soumission à leur sort ? Personne ne sait au juste. On sait une seule chose : leur histoire se conjugue, désormais, au passé simple. Le matin du samedi 2 juin 2001. Une belle journée estivale, un ciel bleu magnifique et un soleil brillant. Les habitants du Derb El Berkaoui se réveillent tardivement. Car, il n’y habite que les proxénètes et les prostituées. Zahra Enniyar y habite également bien qu’elle n’est ni proxénète, ni prostituée. C’est une vieille femme, sexagénaire, qui partage son domicile avec deux brebis et quelques coqs et poulets. Solitaire, elle y vit depuis belle lurette en paix. Tout le monde ignore son histoire et pourquoi elle vit seule, si elle a des enfants, si elle a une famille, si elle est originaire de la région ou pas, mais on la respecte, l’aide et la soutient. Seulement elle brise, ce matin du samedi, le silence qui règne encore au quartier en criant, en hurlant et en demandant du secours. Qu’est-ce qui lui est arrivé ?

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