Mohamed El Gahs : «L’Etat de droit est l’oeuvre de la justice»

Mohamed El Gahs : «L’Etat de droit est l’oeuvre de la justice»


ALM : SM le Roi Mohammed VI vient d’engager l’actuel gouvernement à élaborer une stratégie de réforme du système judiciaire. Pourquoi la justice aujourd’hui ?
Mohamed El Gahs : Il me semble, à bien des égards, que la justice est au centre du projet social pensé, proposé, et mis en œuvre par SM le Roi. Alors, il est évident que les conditions de la réussite de ce projet soient intimement liées à une réforme profonde, radicale, et donc audacieuse, de la justice. Et comme le Souverain l’a expliqué, il en va d’abord de l’exigence de garantie de la sécurité judiciaire, à savoir le règne de la loi, du droit, et de l’égalité de tous devant la rigueur nécessaire de la justice. On est, aujourd’hui, dans l’acception traditionnelle de ce que doit être le rôle d’une justice efficace, indépendante, et communément respectée et admise par tous. Car, en effet, les valeurs d’égalité, de promotion des libertés individuelles et collectives, de la sécurité physique et morale de l’individu, de la protection de la propriété privée, et de tout ce qui se résume en général sous le vocable de l’Etat de droit, tout cela est l’œuvre de la justice. Elle doit en être à la fois l’instrument, et en même temps, au niveau de son fonctionnement, de sa force, de son autorité incontestable, elle doit en être donc l’image et l’incarnation, aux yeux de tous les citoyens. Par ailleurs, dans la dynamique de développement économique, et de la mobilisation à la fois de l’effort et de l’initiative nationale, et des investissements étrangers, une justice indépendante, crédible, efficace, moderne, devient, aujourd’hui, un impératif de développement économique et social.

Le Souverain a mis en place un nouveau concept,  à savoir « la sécurité judiciaire ». Que veut dire, concrètement, ce concept ?
C’est l’un des éléments constitutifs de la citoyenneté. Ce concept veut dire se sentir, au nom de cette citoyenneté, en sécurité. Sécurité, comme on l’a évoqué plus haut, au niveau de son intégrité et sa dignité ; sécurité par rapport à ses biens ; sécurité dans l’exercice de ses droits, sécurité dans l’action et l’exercice également de ses propres devoirs, sécurité dans l’expression de ses convictions… La sécurité judiciaire, c’est la garantie explicite, efficace, concrète, par la force de la loi, et l’autorité d’une justice crédible et incontestée, de l’ensemble de ces exigences naturelles constitutives de la citoyenneté.

Le dysfonctionnement du dispositif éducatif vient également d’être montré du doigt. Qu’est-ce qui empêche ce secteur de vraiment décoller ?
On est devant ce qu’il faut bien appeler une plaie nationale. Beaucoup a été dit sur la faillite, le gâchis, le décalage de ce secteur … Beaucoup d’aberrations commises par le passé ont fait que ce domaine est l’un des grands échecs des dernières décennies. En même temps, ce qu’il faut bien comprendre, c’est que l’éducation est le creuset de toute construction nationale et de tout sursaut salutaire. Souligner l’importance, l’urgence, de s’attaquer et de réformer en profondeur ce secteur, c’est rappeler que l’Ecole est le creuset de tout ce qui constitue le grand dessein que nous voulons construire et dont les orientations et les contours ont été clairement définis par le Souverain. L’Ecole, c’est, bien entendu, la formation et l’apprentissage, le savoir, la préparation à la vie active … Mais, l’Ecole, c’est aussi l’apprentissage de la citoyenneté, la formation du citoyen… C’est là que s’inculquent les valeurs. Et, de ce point de vue, la démocratie, le développement, la solidarité, la culture, l’identité, l’ouverture sur le monde … Bref, le Maroc de demain se définit en grande partie à l’Ecole. Il me semble tout à fait primordial de lier la réussite de l’ensemble de nos projets à l’efficience du système éducatif. Le Maroc est dans un cycle de réformes audacieuses, ambitieuses. Et, dans ce contexte, l’Education est la mère des réformes, tout y prend source et tout s’y détermine, le meilleur comme le pire. Si on veut être sûr que le meilleur est le plus probable, il faut tout faire pour que l’Ecole nationale publique devienne le creuset de l’égalité des chances et des droits, des valeurs de la citoyenneté et de l’excellence à la portée de tous.

Le Souverain vient de retendre la main à l’Algérie, en l’appelant à ouvrir sa frontière. Que signifie ce nouveau geste ?
Cela signifie, d’abord, l’attachement viscéral, sincère, de SM le Roi à la fraternité, à la paix, au bon voisinage, qui sont des valeurs caractéristiques de notre Nation à l’égard de tous les peuples, et plus particulièrement à l’égard de nos frères algériens. Par ailleurs, c’est une disposition d’esprit qui est conforme à la normalité de ce que devraient être les liens entre deux pays voisins et dont les frontières devraient être des lieux d’échange, de rencontre, d’expression concrète d’une vieille amitié, d’une fraternité réelle, au lieu de symboliser,  comme l’ont souhaité malheureusement nos voisins algériens, une rupture contre nature de ces liens effectifs et salutaires entre les deux peuples. C’est encore une fois la main tendue, le discours de la fraternité, de l’ouverture, face à une situation pour le moins incompréhensible et dommageable pour les deux pays.

Le problème du Sahara est-il soluble dans un rapprochement avec l’Algérie ?
La question du Sahara est une question d’intégrité territoriale et de souveraineté nationale. La Nation marocaine est une et indivisible. Ceci étant posé, SM le Roi et le Maroc en tant qu’Etat souverain ont proposé, armés de leur droit, et de la légalité internationale, une issue courageuse et politique, pour sortir d’un conflit artificiel qui n’a que trop duré. Cela s’appelle l’autonomie, avec proposition de négociations sincères, ouvertes, sur les modalités d’un règlement politique de cette question artificielle. Dans cette affaire, l’Algérie, malheureusement, de manière directe, flagrante, s’attaque à ce que la Nation a de plus précieux, à savoir l’intégrité territoriale et la souveraineté de la Nation. Sur cette question, rien n’est soluble dans rien. Par contre, l’Algérie peut aider, en adoptant une attitude raisonnable et conforme à ce principe, faciliter le règlement de ce conflit. Le rapprochement commence par là. Il y a depuis très longtemps cette main tendue du Maroc, en dépit du préjudice que lui porte l’attitude algérienne. Le rapprochement passe par l’acceptation de cette main tendue et de ce geste des braves qui consiste à saisir, avec bonne foi, courage et sincérité, la main tendue.

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