Mohamed Lahna, l’unijambiste à la volonté d’acier

Le premier Ironman handisport en Afrique, Mohamed Lahna, était, lundi 19 juillet l’invité de l’émission «Tendance jeune» co-animé par Hicham Lazrek de Radio Chaîne Inter et Laila Zerrour du quotidien «Aujourd’hui Le Maroc». Ce jeune directeur artistique est une fierté nationale. Avec une seule jambe, Mohamed s’est lancé dans le triathlon, une discipline dans laquelle peu de sportifs marocains valides n’ont osé s’y aventurer. Simo, comme le surnomme ses proches, est né avec une agénésie du membre inférieur droit. Ce jeune homme à la volonté d’acier est issu d’une famille modeste de quatre frères et sœurs. Son père, chauffeur de taxi à Casablanca, l’a soutenu dès son plus jeune âge à pratiquer la natation. «J’ai commencé très jeune la natation car les médecins me l’avaient conseillé. Mais ma passion pour ce sport est née grâce à une rencontre avec un homme exceptionnel, Abdeljalil qui est l’unique Marocain à avoir détenu une médaille paralympique de natation aux Jeux de Séoul en 1988», affirme Mohamed avant d’ajouter que «cette rencontre est un pur hasard. Un jour, mon père transportait Abdeljalil et il lui a parlé de moi. Et depuis ce jour, il m’emmenait à la piscine et m’a fait découvrir à quel point ce sport pouvait être passionnant». Mohamed ne s’est jamais senti gêné par rapport à sa malformation. Bien au contraire, il nage librement avec tout le monde. En 2002, alors qu’il n’a que 20 ans, il obtient le titre de champion du Maroc dans sa catégorie (en 100 m nage libre et 50 m papillon). «Ce fut un moment important dans ma vie, j’étais très content mais je voulais devenir un champion international», dit-il. Sa rencontre avec Jean-Luc Clémençon va chambouler sa vie. Ce jeune sportif français va lui faire découvrir le monde du cyclisme. «Tout a commencé au centre français des anciens combattants. On m’avait convoqué pour participer à des ateliers de formations de prothésistes. C’est Jean-Luc qui animait ce stage de formation et il m’avait parlé d’un projet qui le tenait à cœur, à savoir réaliser un raid de VTT de 500 km à travers le Moyen-Atlas. J’ai tout de suite été séduit par ce projet bien que je n’étais jamais monté sur un vélo», souligne Mohamed. Une fois en possession de l’appareil qui lui avait été confectionné au centre des anciens combattants, il apprend seul à faire du vélo. Même avec une prothèse à la jambe droite, il pédale en fait avec une seule jambe. Il concentre toute sa force sur sa jambe gauche. «Ma jambe droite me sert simplement à garder l’équilibre», explique-t-il. Rien ne l’arrête. Quelques mois plus tard, il participe au raid VTT, une expérience qui l’a profondément marquée. «C’était tout simplement magnifique. C’était la première fois que je quittais Casablanca. Durant ce raid, j’ai eu l’occasion de rencontrer des participants français qui n’avaient pas honte de montrer leurs handicaps. Ils portaient des shorts alors que nous, les Marocains, devions porter des pantalons», raconte Mohamed. Mais pour ce jeune homme courageux et qui n’a pas froid aux yeux, l’aventure ne fait que commencer.18 mois plus tard, il décide de faire le tour du Maroc en 23 jours en parcourant en vélo 1.800 kilomètres. «C’est un ami qui m’avait parlé de ce projet et je n’ai pas hésité une seconde à entreprendre ce périple. Le seul inconvénient, c’était les bagages qu’il fallait transporter. Ce n’était pas du tout évident. La première fois que j’ai commencé à pédaler, j’ai perdu l’équilibre», raconte-il. Les exploits s’enchaînent et sa plus grande compétition sera le triathlon Ironman à Zurich en juillet 2009. Mohamed est le seul handicapé à s’inscrire à ce triathlon. «Le Ironman c’est 4 km de natation, 180 km de vélo et 42 km de course à pied», explique- t-il. L’organisateur avait décidé qu’il ferait les 10 premiers kilomètres de la course à pied en béquille pour ne pas gêner les autres coureurs. Il court les 32 km restants en fauteuil. Il achève la compétition en 12h50 m, laissant derrière lui une bonne poignée d’athlètes valides. Il devient le premier handisportif d’Afrique à terminer un triathlon Ironman. Le triathlon est une discipline très coûteuse. «Ce sport est déjà cher pour les personnes valides et il l’est davantage pour les personnes handicapées.Le coût d’un fauteuil oscille entre 60.000 et 200.000 DH», souligne Mohamed. Le jeune sportif a beaucoup de mal à se procurer un fauteuil. Un jour, son ami Pascal lui propose de fabriquer ensemble un fauteuil. «On a rassemblé les matériaux nécessaires et l’on travaillait pendant des heures dans les ateliers des anciens combattants. Au bout d’un mois, on avait réussi à fabriquer un fauteuil qui n’était pas parfait pour les entraînements mais c’était mieux que rien. C’est grâce à cette initiative que le directeur des anciens combattants a réussi à trouver un sponsor qui m’a payé un fauteuil», dit-t-il.Toujours est-il que Mohamed peine toujours à trouver des sponsors. Il envoie plusieurs demandes sans recevoir la moindre réponse. Pour ce qui est de l’achat du matériel et des participations aux compétitions à l’étranger, Mohamed n’a d’autre choix que de débourser de ses propres poches et d’emprunter de l’argent auprès de ses amis et proches. Ambitieux, il ne compte pas s’ arrêter à son exploit à Zurich. Lundi 12 juillet, il réalise son rêve : la traversée du détroit de Gibraltar à la nage. «L’idée de faire cette traversée date depuis plusieurs années. En fait, il y avait deux itinéraires : 20 km et 15 km. J’ai choisi l’itinéraire le plus court et à la fois le plus difficile à cause du courant», précise Mohamed. Il réalise cet exploit en 4h et 26 minutes. Son plus grand rêve est de décrocher la médaille d’or dans le paratriathlon aux Jeux olympiques de 2016 à Rio de Janeiro.

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