Mohamed Neggaoui : Un parcours hors pair

Sans être un « roi de l’évasion » ou du camouflage, Mohamed Neggaoui a toujours échappé à la traque des services de sécurité marocains. Si on connaît très peu de choses sur cet homme qui est proche d’Abdelaziz Naâmani (accusé d’être l’instigateur direct de l’assassinat du leader usfpéiste Omar Benjelloun), les aveux qu’il fera devant les juges, en septembre 2003, permettent de retracer sa folle cavale. Flash-back: Mohamed Neggaoui quitte le Maroc en 1980. Il  s’installe à Montpellier où il travaille comme ouvrier dans le secteur du bâtiment.
Un an plus tard, raconte-t-il, il fait la connaissance d’Abdelaziz Naâmani et d’Ali Boussghiri (toujours recherché par la police) qui lui demandent de les rejoindre à Paris. Les trois hommes préparent la constitution du mouvement « Al Moujahidine Al Maghariba », hostile au régime marocain. Trois ans plus tard, Mohamed Neggaoui, en compagnie d’autres personnes, part à Tripoli au Liban où il s’exercera, pendant près de trois mois, au maniement des armes et des explosifs. Pour plus de précautions, affirmera-t-il devant les juges de la Cour d’appel de Rabat, il regagne la France par train en traversant la Syrie, la Turquie, la Hongrie et l’Italie. C’est l’époque où Mohamed Neggaoui s’attèlera à l’édition de la publication secrète appelée « Assaraya » et qui était acheminée au Maroc par centaines d’exemplaires, via Mellilia.
Se déplaçant facilement entre le Maroc et la France, il assurera lui-même la distribution de celle-ci. A Marrakech, au milieu des années 1980, il avait même failli être arrêté en possession de plusieurs exemplaires d’ « Assaraya». Un boucher, approché par lui, avait commencé par crier pour ameuter les passants. Profitant de la célébration d’un mariage, il se mêle à la foule et échappe à ses poursuivants. Il réussit, par la suite, à regagner l’Hexagone où il séjourne trois mois. Neggaoui dira qu’il ne pouvait pas rester plus longtemps loin de son pays. Il vit pendant quelque temps à Zaïo (Nador) et repart en France où il échappe, dit-il, à plusieurs tentatives d’assassinat. Cela le décide à rentrer au Maroc de manière définitive.
C’était en 1989. Il s’installera à Khémisset après s’être fait appeler « Mohamed Fethi » et falsifie ses documents d’identité dans ce sens. C’est d’ailleurs le même nom de famille qu’il donnera à ses enfants issus d’un second mariage. Mohamed Neggaoui s’installera aussi durant quelques mois à Salé avant de poser les amarres à Tanger, au quartier de Béni Mékada. Pendant toutes ces années, il travaille dans le transport de marchandises et cela lui permet d’avoir des relations avec les milieux de la contrebande. Ceci durera jusqu’au jour où il  rencontrera quelques membres du groupe Pierre Robert. Devant les juges, il affirmera toutefois n’avoir rien à voir avec les plans terroristes de l’émir stéphanois qui s’activait à Tanger et Chefchaouen.
La soixantaine dépassée, Mohamed Neggaoui laissera perplexes les services de sécurité et les troupes de journalistes qui suivirent le procès des 44 membres du groupe Pierre Robert. Il reconnaîtra spontanément être au courant de caches d’armes à Khémisset, près de Berkane et Tanger. Les enquêteurs qui sont dépêchés sur les lieux déterminés par ses soins parviennent à déterrer deux mitraillettes, quatre pistolets et une carabine. Neggaoui leur indiquera même avoir acquis, en 2000, deux pistolets qu’il a cachés à Tanger. Ses aveux étaient tellement inattendus que le juge l’interrogera pour savoir s’il avait été torturé par les enquêteurs ou subi d’éventuels traitements dégradants ou humiliants. A la stupeur générale, il fera l’éloge des enquêteurs qui avaient pris soin de lui au point, précise-t-il, qu’il a eu droit à de l’eau minérale et à une nourriture adéquate…
A la question que le juge El Bachiri  lui posera pour savoir pourquoi il a gardé ses armes ?, il répondra tout simplement qu’il l’a fait pour « parer à toute éventualité » : une « guerre avec l’Algérie », des « événements qui pourraient surgir à Sebta » ou « une guerre civile ». Mohamed Neggaoui écopera de vingt ans de prison.

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