Mohamed Saïd Idghiri, un Marocain au GSPC

En décembre 2005, les services de sécurité marocains annoncent l’arrestation de 11 personnes en vertu de la législation antiterroriste. Il s’agit d’un groupe qui recrutait et formait les jihadistes pour les envoyer en Irak. En fait, c’est une intrigue dont les épisodes se jouaient entre le Maroc, le Sahel et l’Espagne. A la tête de ce groupe, on retrouve Mohamed Saïd Idghiri, qui, à moins de 30 ans, avait déjà établi des liens avec le GSPC (Groupe salafiste pour la prédication et le combat) et pris la peine de traverser des milliers de kilomètres pour réaliser ses plans.
Ce marchand ambulant résidant à Béni Mékada à Tanger était un habitué des prêches de Mohamed Fizazi et Abdelaziz El Berrak (tous les deux actuellement emprisonnés). En 2004, déclare-t-il aux enquêteurs, il apprend la mort d’un ami d’enfance en Irak dans une opération kamikaze en 2004, un certain Mohamed Saïdi.
Il décide alors de rejoindre la Mésopotamie pour le « Jihad » et prend contact avec Abdellatif Bouzerda, un Marocain résidant en Espagne. Lors d’une rencontre des deux hommes à Fnideq, ce dernier l’informe qu’il est presque impossible de se rendre en Irak via la Syrie, mais lui promet d’entreprendre des démarches auprès d’un dénommé Souhaib, un recruteur du GSPC  qui supervise un camp d’entraînement au Mali. Quelques semaines plus tard, Mohamed Saïd Idghiri est informé qu’il a le feu vert pour recruter d’autres candidats au «Jihad» et rejoindre ledit camp. Redouane Laghribi Laâroussi, Saïd Ahouzil et Adil El Herrak sont partants. Pour des raisons de financement, Idghiri et Abdelali Chaïri seront les seuls à s’envoler vers le Sénégal par un vol régulier pour mettre le cap, neuf jours plus tard, sur Bamako et Gawa en compagnie d’un ressortissant mauritanien, Arrêtés et brièvement interrogés par la police malienne, ils seront relâchés pour continuer leur chemin via le désert au nord du Mali.
C’est à ce moment-là qu’ils feront la connaissance d’une trentaine de membres de « Kathibat al Moulathamine » (Escadron des voilés), une filiale du GSPC qui venait d’attaquer la caserne mauritanienne de Lamghiti. Mohamed Saïd Idghiri et son compagnon seront témoins des opérations d’acheminement des armes et véhicules volés en Mauritanie au profit du GSPC. Khalid Abou El Abbas, chef de l’ «Escadron des voilés», témoigne Idghiri, voulait contribuer à mettre en place, dans le Maghreb arabe, une base de «Jihad» qui relèverait d’Al Qaïda. Au lieu de l’aider à rejoindre l’Irak, le chef de guerre algérien propose à Idghiri de préparer des attentats au Maroc contre les intérêts français et américains notamment. Après un mois et demi d’entraînement en compagnie d’Abdelali Chaïri, Idghiri décide de rebrousser chemin pour rejoindre Tanger où il devait établir sa base arrière.
Après trois jours à Bamako et neuf autres jours à Nouakchott, il est intercepté par les autorités marocaines à Bir Guendouz, près de la frontière avec la Mauritanie. Selon les aveux d’Idghiri, un membre mauritanien du GSPC devait faire le voyage à Tanger pour encadrer l’entraînement et la préparation du groupe qui devait passer à l’acte. Pour cela, il avait besoin d’un passeport falsifié et d’une somme de 3000 euros.
Avec l’arrestation de Mohamed Saïd Idghiri, les services de sécurité marocains vont initier un vaste coup de filet qui sera couronné par l’arrestation d’un groupe de quatorze personnes dont au moins trois travaillaient en Espagne, en l’occurrence Brahim Dazdaz, Mohamed Aberrada et Abdellatif Bouzerda.
Reporté à maintes reprises, le procès du groupe Idghiri est programmé dans les quelques jours à venir à la chambre criminelle près la cour d’appel de Rabat. Il sera surtout question d’élucider le rôle exact des trois Marocains ayant séjourné en Espagne et les possibles connexions entre ces derniers et les membres du GSPC.

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