Mourad Alami : «En écrivant en darija, je me situe dans la réalité de ma société»

Mourad Alami : «En écrivant en darija, je me situe dans la réalité de ma société»

ALM : Pouvez-vous nous présenter les ouvrages que vous venez de publier en darija ?
Mourad Alami : J’ai adapté et publié en mai 2010 la pièce de théâtre «Nathan le sage» de G.E. Lessing, grand penseur, philosophe et théologien allemand, précurseur du Siècle des lumières en Allemagne, en arabe marocain «Mhhebbet elhhekma kenz, eddiyanat ettlata», écrite avec des caractères arabes. Son œuvre est très connue et ses thèmes toujours d’actualité. C’est l’une des pièces les plus jouées en Allemagne. Un fervent plaidoyer de tolérance entre les trois religions monothéistes : Islam, christianisme et judaïsme. Elle est même enseignée dans les écoles de par sa profondeur et son message appelant à la tolérance, le dialogue et l’ouverture et qui aide à rompre avec l’héritage nazi de l’Allemagne. Je viens aussi de publier la traduction des «Élégies de Duino», poèmes, du grand poète allemand, Rainer Maria Rilker et auquel le philosophe allemand Martin Heidegger a consacré toute une étude exhaustive. En 2009, j’ai publié déjà des contes allemands en langue du chat des jeunes, avec des caractères latins et de prononciation française (www.contemarocain.ma), destinés aussi pour notre diaspora marocaine et pour chaque étranger désireux d’apprendre le marocain.

Pourquoi vous écrivez en langue arabe marocaine ?
En écrivant en darija, je mets en relief mon identité marocaine et je me situe dans mon vrai contexte, dans la réalité, au milieu de la société dans laquelle je vis. Que nous le voulions ou non, la langue arabe marocaine est notre avenir. J’essaie d’élever le niveau de cette langue pour qu’elle ne se dégrade pas, sinon elle risque de perdre en valeur et en richesse. Cette langue ne doit pas être sous-estimée, sinon c’est tout le peuple qui l’utilise qui l’est. C’est notre langue natale, la langue de nos ancêtres, et celle des générations à venir. Il faut que l’ on en soit fier. C’est la langue de la proximité, une langue qui doit se nourrir de la langue arabe classique et être en constante ouverture sur toutes les langues.

Écrire en arabe dialectal est ce qui peut enrichir cette langue?
La langue arabe marocaine doit être transcrite et préservée. En plus de son oralité, cette langue doit aussi devenir une langue écrite. Ceci à travers des ouvrages qui recèlent un vrai contenu, un contenu culturel et scientifique noble. Ainsi il faut que tous les écrits littéraires, ouvrages scientifiques et autres soient écrits dans cette langue et deviennent accessible à un maximum de Marocains pour enrichir notre civilisation. Ce projet est ardu et ne peut pas s’accomplir du jour au lendemain. Il faut vulgariser les sciences, la culture et leur lumière. Ainsi, c’est la confiance du citoyen marocain qu’on peut retrouver et le pays pourra utiliser l’ensemble de ses ressources humaines et pas uniquement une élite déterminée.

Bio-express
Mourad Alami a traduit plus d’une quarantaine d’ouvrages en arabe classique, surtout économiques, juridiques et scientifiques dans le cadre de sa profession en tant que traducteur professionnel, plus de 35 ans d’expérience dans ce domaine. Il a été décoré par Sa Majesté Mohammed VI du Mérite National de l’Ordre d’Officier, lorsque il a regagné le Maroc une fois pour toutes en juillet 2008, après un séjour en Allemagne de plus de 30 ans.

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