Muçâb B. Omayr (1)

Voilà un compagnon du Prophète (ç) parmi tant d’autres compagnons. Il était le plus beau des jeunes de la Mecque, le plus splendide. Les historiens le décrivaient ainsi: «Il était le plus parfumé des Mecquois».
Il naquit dans une famille riche. Ses parents l’élevèrent dans le bien-être. Il ne manquait de rien. Par rapport aux adolescents de sa génération, Muçâb b. Omayr était peut-être le plus choyé de la Mecque. Cet adolescent cajolé, au visage poupin, qui était toujours au centre des conversations des belles de la cité, celui-là pouvait-il devenir une figure légendaire de la foi et du sacrifice?
Mon Dieu! Quelle magnifique nouvelle! celle de Muçâb b. Omayr ou Muçâb al-Khayr. Ainsi était son surnom parmi les musulmans. Il était l’un de ceux que l’islam a façonnés, que Muhammad (ç) a éduqué.
Mais, quel était ce jeune? L’histoire de sa vie honore certainement tout le genre humain. Tout commença, quand, comme tous les Mecquois, il entendit un jour les propos de Muhammad (ç). Ce Muhammad qui disait qu’il était envoyé par Dieu en tant qu’annonciateur de bonne nouvelle et donneur d’alarme. L’Envoyé (ç) appelait en effet à l’adoration de Dieu l’Unique, sans aucun associé.
La Mecque n’avait alors comme débat et centre d’intérêt que l’Envoyé (ç) et sa religion, et Muçâb était celui qui écoutait le plus ce que les Quraychites disaient dans leurs réunions. C’est que ces derniers tenaient à ce qu’il participât à leurs réunions. L’élégance et la modération de l’esprit qui le caractérisaient lui ouvraient les portes et les cours.
Evidemment, une fois, il entendit entre autres que l’Envoyé (ç) et d’autres se rencontraient là-bas, à Çafa, dans la maison d’aI-Arqam b. Abou al-Arqam, pour éviter la curiosité, ainsi que les malfaisances, des Quraychites. Il n’hésita pas et il n’attendit pas longtemps pour aller un certain soir à la maison d’al-Arqam. Il brûlait d’envie de voir et d’entendre.
Là, l’Envoyé (ç) récitait les versets du Coran à ses compagnons, faisait avec eux des prières adressées à Dieu. Muçâb prit alors place, et dès que l’Envoyé (ç) fit entendre les versets pour les présents, le cœur du nouvel arrivant sentit que cela lui était destiné. Il était tellement heureux qu’il eut l’impression d’avoir des ailes prêtes à être déployées.
Mais l’Envoyé (ç) déposa sa main droite sur la poitrine agitée, sur le cœur palpitant, et voilà que se répandit en elle une profonde quiétude. En un instant, l’adolescent fraîchement converti paraissait avoir une sagesse qui dépassait son âge, une détermination à transformer le monde.
La mère de Muçâb, Khunas bent Mâlik, avait une personnalité très forte et son entourage la craignait bien, y compris son fils, qui était désormais musulman. Si ce n’était la crainte de sa mère, Muçâb ne prendrait aucune précaution, ne se tiendrait pas sur ses gardes. Si tous les notables de la Mecque déclaraient leur détermination de le combattre, il n’attacherait aucune importance à leur menace. Mais, l’inimité de sa mère, il ne pouvait la supporter. Quelle terreur il éprouvait à l’idée de voir la colère de sa mère.
Alors, il réfléchit vite et décida de taire sa conversion, jusqu’à ce que Dieu décrétât un ordre. Il continua donc à fréquenter la maison d’al-Arqam, où il écoutait l’Envoyé (ç). Ainsi, il était réjoui de sa foi, du moment qu’il évitait la colère de sa mère.
Mais, en ces jours précisément, rien ne pouvait rester caché dans la cité. Les yeux de Quraych étaient partout, sur tous les chemins, derrière toute trace de pas sur les sables doux ou brûlants…
Une fois donc, Othman b. Talha le vit entrer secrètement dans la maison d’al-Arqam, et une autre fois il le vit faire la prière de l’Envoyé (ç). Le Quraychite ne se fit pas prier: il partit plus vite que le vent du désert informer la mère de Muçâb.
Celui-ci se mit alors debout devant sa mère, son clan, les notables de la Mecque… Après quoi, il leur récita avec certitude et résolution des versets du Coran. Sa mère leva la main pour le gifler durement mais elle se retint vite. Cependant, elle eut recours à un autre moyen, pour venger l’affront fait aux idoles de Quraych. Elle l’emprisonna dans un coin retiré de la maison et le soumit à une surveillance rapprochée. Muçâb était resté ainsi, jusqu’au jour où il entendit que des croyants allaient s’exiler en Abyssinie: par une ruse, il réussit à s’échapper à ses gardiens et sa mère, pour rejoindre l’Abyssinie en tant que Muhajir.
Il s’y établit un temps avec ses compagnons, puis il revint avec eux à la Mecque. Puis, il refit le voyage avec les compagnons, à qui l’Envoyé (ç) avait donné l’ordre de s’exiler.
Que Muçâb fût en Abyssinie ou à la Mecque, l’expérience de la foi qu’il s’était acquise vérifia sa supériorité en tout endroit. Il avait façonné sa vie selon le modèle apporté par l’Envoyé (ç). Un jour, à son arrivée à une assemblée de musulmans avec l’Envoyé (ç), ces derniers baissèrent la tête, détournèrent leurs regards; certains d’entre eux pleurèrent. Parce qu’ils le virent vêtu d’un vieux jalbab rapiécé, lui qui n’avait que les beaux vêtements avant de devenir musulman.
 Alors, l’Envoyé (ç) eut cette bonne parole pour Muçâb: «Muçâb que voici, je l’ai vu alors qu’il n’y avait pas à la Mecque de garçon plus favorisé que lui chez ses père et mère. Puis, il a laissé tout cela, par amour pour Dieu et son Envoyé.»
Sa mère lui avait interdit toute subvention, après avoir perdu espoir en son abjuration. Elle lui avait refusé toute nourriture, parce qu’il ne voulait plus adorer les idoles quraychites.
La dernière fois que Muçâb avait vu sa mère, c’était lors de son retour d’Abyssinie’ quand elle avait essayé de l’emprisonner de nouveau. Il avait alors juré de tuer celui qui aiderait sa mère à l’emprisonner. Elle connaissait bien son fils, quand il prenait une décision. Sur ce, tous se séparèrent, les larmes aux yeux.
Le moment des adieux avait découvert une réalité singulière. D’une part, une détermination de la mère à rester dans la dénégation,et d’autre part une détermination du fils à rester croyant. Quand, en le chassant de la maison, elle avait dit: «Va à tes affaires! Je ne suis plus une mère pour toi!», lui s’était approché d’elle et lui avait dit : «O mère, je te suis un conseiller! J’ai de la tendresse pour toi ; atteste donc qu’il n’y a de dieu que Dieu et que Muhammad est son serviteur, son envoyé.» Elle lui avait répondu, furieuse: «Je jure par les étoiles étincelantes! Je n’adopterai jamais ta religion. Mon opinion serait discréditée et ma raison traitée de faible, (si je le faisais).»
Ainsi Muçâb avait-il quitté librement le bien-être dans lequel il vivait, pour se retrouver dans le dénuement. On le vit désormais portant un habit rude. Il mangeait un jour mais ne mangeait pas des jours. Son âme rendue gracieuse par une foi sublime, resplendissante par la lumière de Dieu, avait fait de lui un autre homme qui inspirait charme et considération.
En ce temps-là, l’Envoyé (ç) le choisit pour une mission très importante; celle d’être son ambassadeur à Médine. Muçâb y enseignerait l’islam aux Ançar qui avaient prêté allégeance à al Aqaba, convaincrait d’autres Médinois de se convertir, préparerait Médine pour la venue du Prophète (ç).
A cette époque-là, il y avait des compagnons plus âgés, plus honorables et plus proches de l’Envoyé (ç), mais celui-ci préféra Muçâb, tout en sachant qu’il lui donnait la plus dangereuse mission du moment: car il lui mit entre les mains le sort de l’islam à Médine.
Muçâb assuma alors la mission, grâce à ce que Dieu lui avait octroyé; esprit équilibré, bon caractère. Par son ascétisme, son élévation, sa sincérité, il gagna le cœur des Médinois, qui se convertirent par groupes.
Le jour où il était entré à Médine, il n’y avait que les douze musulmans d’al-Aqaba. Quelques mois plus tard, leur nombre grossit. Et, lors du pèlerinage de l’année suivante, c.-à-d. celui qui venait après l’allégeance d’al-Aqaba, les Médinois envoyèrent une délégation les représentant devant l’Envoyé (ç).

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